La nationalisation partielle de Citigroup prend forme. La banque a proposé au gouvernement américain une prise de participation sous forme d'actions ordinaires pouvant atteindre 40%, ainsi que la conversion des actions préférentielles déjà émises, rapportent le Wall Street Journal et le Financial Times.
"Les discussions peuvent encore échouer, mais le gouvernement pourrait se retrouver avec une participation atteignant 40% du capital de Citigroup. Les dirigeants de la banque espèrent que la part (du gouvernement) sera plus proche de 25%", écrit le Wall Street Journal, citant des personnes au courant des discussions entre les deux parties.
Depuis plusieurs jours, le marché spécule sur la nationalisation de plusieurs établissements bancaires, Citigroup et Bank of America figurant en tête de liste, ce qui provoque une chute de leur cours de Bourse. Un porte-parole de Bank of America a indiqué au quotidien qu'il n'y avait aucune discussion entre l'établissement bancaire et le gouvernement. Kenneth Lewis, patron de BoA, a réaffirmé sa confiance dans la santé de son groupe. Les deux banques ont reçu 45 milliards d'euros d'argent public, ainsi que des garanties limitées sur les pertes potentielles qu'elles pourraient subir en cas de détérioration continue des marchés financiers.
Le cours de Bourse de Citigroup a perdu 41% de sa valeur à 1,95 dollar; celui de Bank of America a chuté 31% à 3,79 dollars.
Selon le schéma envisagé, les actions préférentielles déjà émises, qui ne donnent pas de droit de vote mais rapportent un dividende, pourraient être transformées en actions ordinaires. Cette conversion apporterait déjà une participation de 7,8% au capital de Citigroup, d'après le quotidien. Accroître la participation de l'Etat américain au capital de la banque diluerait davantage les actionnaires. Toute la question est de savoir à quel prix se ferait une telle injection de capital.
Pour David Kotok, président de la société de courtage Cumberland Advisors cité par l'AFP, l'article du Wall Street Journal fait office de galop d'essai, mais pourrait être bien reçu par le marché, qui était surtout déstabilisé par l'imprécision des intentions de l'administration de Barack Obama. "Avec la conversion des actions préférentielles en titres ordinaires, la valeur devient plus forte parce que les chances de survie augmentent", estime ce courtier.
Vendredi 20 février, tant la Maison Blanche que le Trésor avaient protesté de leur foi un système bancaire privé. "L'administration continue à croire fermement qu'un système bancaire privé correspond à la voie à suivre", avait dit le porte-parole présidentiel Robert Gibbs. Une position également partagée par Tim Geithner, le nouveau secrétaire au Trésor dont le plan de sauvetage du système, décrit dans ses grandes lignes, n'a pas convaincu les investisseurs à ce jour.
A ce jour, seul l'assureur AIG a vu l'Etat américain monter à son capital en octobre dernier à hauteur de 79,9%, en échange d'un prêt relais de 85 milliards de dollars accordé par la Réserve fédérale.
Au-delà du prix pour de nouvelles actions Citigroup acquises par le gouvernement, se pose la question de la dilution de grands actionnaires de la banque, et de l'avenir de l'équipe de direction. Le sort de Vikram Pandit ne tiendrait plus qu'à un fil, mais selon le Wall Street Journal il est difficile de trouver actuellement des dirigeants capables de prendre la tête d'un établissement de la taille de Citigroup. La banque a déjà renouvelé une partie de son conseil d'administration et doit mener d'importantes restructurations pour tenter de survivre à l'une des pires récessions économique jamais vue aux Etats-Unis.