Les Européens devraient se retrouver à la fin du mois pour un sommet extraordinaire sur la crise économique. L'objectif est de resserrer les rangs au moment où les tentations protectionnistes se font de plus en plus fortes et où les tensions montent entre Prague et Paris. Et ce alors que l'Europe doit présenter une position commune lors de la réunion du G20 du 2 avril prochain à Londres. La date exacte de ce sommet sera précisée mercredi 11 février.
"L'objectif de cette rencontre des chefs d'Etats et de gouvernements sera d'examiner les mesures prises jusqu'à présent et leur l'efficacité ", a précisé le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek.
Cette annonce fait suite à des pressions de la France. Paris ne cache pas en privé ses critiques à l'égard de la passivité de la présidence tchèque (qui lui a succédé à la tête de l'UE) face à la plus grande récession qu'ait connue l'Europe depuis plus de 60 ans. Ce faisant, Prague a coupé l'herbe sous le pied de Paris et Berlin et donné le sentiment de vouloir reprendre les choses en main.
Topolanek a officialisé son intention de réunir les 27, avant même que le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel n'aient eu le temps de publier une lettre proposant un tel sommet. Nicolas Sarkozy avait en effet évoqué dès samedi l'envoi lundi de cette lettre en parlant d'une "initiative commune franco-allemande" sur la crise. La France avait, selon certains journaux, proposé à l'origine un sommet de la seule zone euro, avant de devoir renoncer sous la pression de Berlin.
Le sommet à 27 aura pour objet de renforcer une coordination européenne défaillante en cette période de crise, et de faire oublier les accusations de protectionnisme que se jettent certains pays à la figure.
La France a ainsi annoncé des aides supplémentaires à l'automobile d'un montant global de 7,8 milliards d'euros, dont des prêts de 3 milliards chacun aux constructeurs nationaux PSA Peugeot Citroën et Renault, sous condition de maintien des usines dans le pays. Malgré les dénégations de Paris, ce plan est devenu emblématique de la controverse sur le retour du protectionnisme en Europe. Il a été critiqué à l'avance comme tel par les Tchèques, furieux que Nicolas Sarkozy ait ouvertement mentionné la semaine dernière leur pays en référence aux délocalisations industrielles à éviter.
D'autres ont exprimé lundi leurs inquiétudes. Dans une allusion voilée au projet français, le ministre allemand Peer Steinbrück a indiqué lundi qu'il fallait "faire très attention" lorsque "l'on essaie d'introduire du protectionnisme via des conditions du plan de relance". "Il est très important qu'au plus haut niveau nous (...) résistions à la tentation du protectionnisme", a déclaré de son côté le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.
Les Européens entendent mettre ces grands principes à exécution notamment sur la question de plus en plus préoccupante du traitement des actifs douteux qui plombent les bilans des banques, et les empêchent de prêter de l'argent aux ménages et entreprises. Un accord sur des principes d'action communs dans l'UE pourrait être annoncé dès ce mardi.