"Les blogs de BD permettent de faire émerger des auteurs et des lecteurs"

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Publié le 31 janvier 2009.

Alors que tous les jeunes auteurs de BD ou presque se font aujourd'hui connaître par leur blog, Emeline Lautier, directrice éditoriale des éditions Diantre!, membre du jury et partenaire de La révélation blog du 36e Festival d'Angoulême, répond aux questions d'E24.

A l'occasion du 36e Festival d'Angoulême, entretien avec Emeline Lautier, directrice éditoriale des éditions Diantre!, membre du jury et partenaire de La révélation blog.

E24: Pénélope Bagieu, Boulet, Gally, Vidberg... Le blog est-il aujourd'hui un passage obligé pour les jeunes auteurs de BD?

Emeline Lautier: Ça dépend de ce qu'ils veulent construire comme carrière et de leur éditeur. Je ne considère pas qu'on ait besoin d'être blogueur pour percer en bande dessinée aujourd'hui. Les bons vieux books continuent à fonctionner, les éditeurs continuent d'aller dans des expositions, des festivals pour dénicher de nouveaux talents. On n'arrête pas d'avoir l'œil aux aguets, le blog est en fait la partie émergée de l'iceberg, la plus visible. Il permet aussi d'élargir le champ des auteurs de BD, on cherche autre chose que des dessinateurs traditionnels. On peut par exemple éditer des grapheurs, des tatoueurs.

L'autre différence majeure, c'est la rapidité. Un blogueur, on va le repérer beaucoup plus vite. Quand un auteur émerge sur un blog BD, l'éditeur doit être très réactif. Le blogueur a une telle visibilité que si on ne se décide pas très rapidement, on le perd. Pour le dessinateur, ça lui permet de gagner du temps, évidemment. Cela dit, il y a encore des auteurs, comme Perrine Dorin ou Sammy Stein, qui n'ont pas de blog!

Le blog est-il efficace pour construire l'audience du futur album ?

C'est vrai, le blog permet de construire un socle de lecteurs très fidèles, peut-être beaucoup plus que les lecteurs de bande-dessinées traditionnels. Les lecteurs des blog de BD ont presque un rapport de fans avec l'auteur du blog. Ils tissent un lien intime avec lui, grâce à la mise à jour parfois quotidienne. Donc indéniablement, le blog crée une base de lectorat fidèle, solide, massive, ce qui explique le succès commercial des albums tirés de ces blogs. Le blog d'une grosse de Gally avait une audience de 10.000 visiteurs uniques par jour! Résultat, son album Mon gras et moi, a été tiré à 5.000 exemplaires en juin 2008 qui sont déjà presque épuisés. Les instit' n'aiment pas l'école de Martin Vidberg [qui s'est fait largement connaître par son blog L'actu en patates NDLR] a été tiré à 3.000 exemplaire en octobre 2008. Début décembre, il était déjà épuisé, nous avons dû faire un retirage. Le journal d'un remplaçant, chez Shampooing (Delcourt), qui est aussi né d'un blog de Martin Vidberg, monte facilement à 20.000 ou 30.000 exemplaires. Bien sûr, on est loin des classiques d'Enki Bilal, des Bidochons de Binet ou de la série Trolls de Troy qui peuvent atteindre 200.000 exemplaires, mais ce sont de très bons tirages.

Pour un auteur, le fait de commencer par un blog, ça permet aussi d'élargir son lectorat. Beaucoup de lectrices du blog de Gally ne connaissent rien de l'univers de la BD sauf Gally. C'est aussi le cas d'hommes qui n'achetaient jamais d'albums et qui viennent à la BD par le blog. Ils sont du coup plus ouverts à différents styles de bandes dessinées. Ça ouvre le lectorat de la BD, c'est très positif. En fait, ces blogs permettent de faire émerger à la fois des auteurs et des lecteurs.

La BD se porte-t-elle bien ?

Il y a toujours des éditeurs qui disent que tout va bien, mais je dirais que c'est plutôt l'année de la maturité. Après des années d'euphorie, les acteurs de la bande-dessinée ne veulent pas que la machine s'emballe. Et les éditeurs de BD sont peut-être plus disciplinés que les autres. Ils ont compris que s'ils s'embarquaient dans ce que j'appelle le "fast-reading", la lecture jetable, s'ils tombaient dans la surproduction, ils allaient couler. On constate donc une diversification des titres, mais des tirages moins importants. Les éditeurs prennent le temps de sélectionner les auteurs dans des genres différents, ils font plus attention à l'étalement des dates de sortie, à la biblio-diversité. Le fait que Casterman et Delcourt par exemple sortent des collections comme KSTR et Shampooing, plus pointues, différentes de ce qu'ils font en général, c'est révélateur. L'idée derrière cette biblio-diversité, c'est de faire du succès de la bande-dessinée une réussite pérenne.

Propos recueillis par Johana Sabroux
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