2009, année de l'éclatement de la bulle des dividendes

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Publié le 11 février 2009.

Après la chute vertigineuse des marchés financiers en 2008, les investisseurs pourraient affronter une déferlante de mauvais résultats d'entreprises en 2009.

Les actionnaires ont du souci à se faire. Après la chute vertigineuse de plus de 40% des marchés financiers en 2008, les investisseurs pourraient avoir à encaisser une baisse substantielle de leurs dividendes dans les années à venir. Les difficultés de financement des entreprises liées au durcissement des conditions de crédit et le ralentissement de la demande sont en effet passées par là, limitant la capacité des sociétés à rétribuer les actionnaires. Un "double effet kiss cool" qui rend paradoxalement les actions des grandes entreprises mondiales particulièrement bon marché aujourd'hui, les cours ayant chuté plus vite que les dividendes.

Ces derniers vont enregistrer en 2009 leur pire déclin depuis 1942. Standard & Poor's a en effet annoncé la semaine dernière s'attendre à une baisse de 13,3% des dividendes versés au titre de 2009 par les entreprises listés sur son indice de référence le S&P 500 aux Etats-Unis. Du jamais vu depuis 67 ans, quand les profits des 500 plus importantes sociétés cotées des Etats-Unis avaient enregistré un repli de 16,9%. Cette brutale correction représente pas moins de 33 milliards de dollars de manque à gagner pour les actionnaires, qui devraient néanmoins empocher près de 215 milliards de dollars en 2009. "A moins que les entreprises estiment que leur situation financière va s'améliorer dans le futur, leur besoin d'argent frais va éclipser leur désir de payer des dividendes", explique Howard Silverbatt, analyste senior chez Standard & Poor's.

Tout un symbole: General Electric, qui a versé l'an dernier le plus important dividende de l'ensemble du S&P 500, avec plus de 13 milliards de dollars, a pour l'instant maintenu son dividende pour le premier semestre 2009. Mais le conglomérat industriel a aussi averti qu'il allait continuer "à évaluer le niveau du dividende pour la seconde moitié de 2009 en prenant en compte des incertitudes croissantes sur l'économie". Déjà le "la" est donné: ça va baisser. Selon les statistiques collectées par Standard & Poor's, le début de l'année 2009 a été marqué par 14 diminutions de dividende, représentant 13,5 milliards de dollars de distribution en moins.

La conjoncture économique morose n'est cependant pas la seule explication. "De mars 2003 à l'été 2007, on a assisté à une bulle des profits des entreprises", explique Nicolas Simar, responsable action chez ING Investment Management. Les entreprises ont en effet connu une hausse très soutenue de leurs résultats entre 2004 et le pic de l'été 2007. Cette évolution s'est traduite dans les versements des dividendes, qui ont connu des croissances à deux chiffres sur la période, selon les statistiques de Standard & Poor's. L'inversion de tendance a été amorcée en 2008, année où les dividendes n'ont augmenté que de 2,3%, selon l'agence de notation.

Attirés par des dividendes en forte croissance, les investisseurs se sont rués sur les titres boursiers. Entre mars 2003 et juillet 2007, l'indice S&P 500 a grimpé de plus de 90%. Cette bulle boursière est cependant différente de la bulle des valeurs technologiques du début des années 2000. La bulle Internet s'était matérialisée par une forte hausse des prix des actions sans corrélation réelle avec la performance des entreprises dont la seule vertu était alors d'être sur le secteur des nouvelles technologies. Un courant spéculatif qui dépréciait mécaniquement le rendement des dividendes. Conséquence, "les dividendes représentaient à cette époque moins de 20% du retour total sur investissement en actions, un plus bas historique", explique ING Investment Management.

Avec la crise financière, la contribution des dividendes pourraient donc redevenir attrayante pour les investisseurs dans la mesure où le prix des actions a baissé. "Les marchés actions connaissent à l'heure actuelle une période déflationniste avec la chute des multiples de valorisations. Ceux-ci sont bien en dessous des moyennes historiques des vingt dernières années, mais encore à distance des points bas extrêmes", analyse LCF Edmond de Rothschild. En clair, le prix des titres est aujourd'hui particulièrement bas par rapport aux dividendes distribués, eux, encore élevés. Conséquence, en 2009, les rendements des dividendes "seront supérieurs à ceux des obligations d'Etat et aux rendements de l'épargne", explique ING IM. De bonnes affaires restent donc à faire, même si la nervosité des marchés rend particulièrement périlleuse la tâche de l'investisseur. Avis aux amateurs de risque.

Julien Beauvieux
Emploi

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