Kirk Kerkorian n'est plus actionnaire de Ford. Un porte-parole de la société d'investissements Tracinda, appartenant au nonagénaire, a confirmé à l'agence Dow Jones qu'elle ne possédait plus d'actions Ford.
Kerkorian était monté progressivement au capital du constructeur au printemps dernier, pour finir par détenir en juin plus d'actions que la famille fondatrice Ford. Tracinda avait commencé à se débarrasser de ses actions Ford dès octobre et avait annoncé à ce moment-là que ce désengagement se poursuivrait.
A Wall Street lundi, l'action a cédé encore 3,06% à 2,22 dollars, après avoir perdu à peu près les deux tiers de sa valeur en un an. Ford ne vaut plus ainsi que 5,3 milliards de dollars en Bourse.
Le désengagement de Kerkorian n'était "pas une surprise" pour l'analyste Michelle Krebs, du site d'informations spécialisées Edmunds.com, qui voyait surtout dans ce mouvement une opération comptable de fin d'année, Kerkorian ayant selon elle montré dès octobre qu'il avait "perdu confiance". "Beaucoup de gens perdent la foi dans l'industrie automobile américaine, il n'est pas le seul", ajoutait Michelle Krebs. Elle relevait que pour Ford, il s'agissait sûrement d'un "coup dur de plus", relativement prévisible.
Ford est le seul des trois constructeurs de Détroit à s'être passé d'une aide fédérale d'urgence en cette fin d'année, alors que ses concurrents Chrysler et General Motors, qui jouent leur survie, recevront prochainement 4 milliards de dollars chacun.
Dans une moindre mesure que GM et Chrysler, Ford est néanmoins confronté à l'effondrement des ventes et à une crise de liquidités. Le groupe avait vu lundi dernier sa note de dette abaissée par l'agence d'évaluation financière Moody's, qui redoute une restructuration sous la contrainte de son endettement, vraisemblablement très défavorable à ses créanciers.
L'investissement dans Ford se solde par une perte sèche pour Tracinda, qui avait annoncé en octobre qu'elle entendait concentrer ses investissements dans le jeu et l'hôtellerie, ainsi que les hydrocarbures.
Il s'agit d'un nouveau revers pour Kerkorian dans le secteur automobile, après plusieurs tentatives infructueuses ces dernières années. Le milliardaire, connu pour faire pression sur les directions des groupes dans lesquels il investit, a tenté par deux fois d'acquérir le constructeur Chrysler, en 1995 et 2007, sans succès.
Il avait aussi tenté un "coup" sur le numéro un américain de l'automobile, General Motors, en prenant 10% du capital et en poussant la direction, à l'été 2006, à discuter avec son concurrent franco-japonais Renault-Nissan en vue d'un rapprochement qui n'avait pas abouti. L'aventure s'était soldée par un retrait total de Kerkorian, fin 2006.