La réorganisation d'EADS se passe mal

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Publié le 19 février 2009.

Le patron espagnol de la division militaire serait sur le point de quitter son poste. En cause, son échec à mener à bien le programme A400M.

Tensions au sein d'Airbus. La nouvelle organisation annoncée par EADS mi-décembre ne se passe pas aussi bien que prévu. Carlos Suarez aurait quitté la direction de Military Transport Aircraft (MTAD), selon le quotidien espagnol El Pais. Il serait en désaccord avec l'intégration de son groupe dans Airbus. Le ministère de l'Industrie espagnol nuance cette information. "Il y a eu hier (mercredi 18 février, ndlr) une réunion du comité de nominations du groupe, et cela était un des sujets de débat. Le représentant espagnol a dit que c'était là une prérogative exclusive du gouvernement", selon un porte-parole.

Pourtant, l'intégration de MTAD dans Airbus ne devait pas changer grand-chose, selon EADS, MTAD devenant simplement le pôle militaire d'Airbus. Il conserverait ses capacités actuelles de conception et de certification d'avions, et la responsabilité de tous les programmes militaires dérivés d'Airbus, parmi lesquels les ravitailleurs. Le responsable de la division, l'espagnol Carlos Suarez, devait rester membre du comité exécutif d'EADS, et intégrer le comité exécutif d'Airbus. Surtout, il aurait conservé la direction de son groupe, devenant patron d'Airbus Military.

Pour EADS, cette nouvelle organisation doit permettre de dégager des synergies avec d'autres divisions d'Airbus. De manière implicite, elle doit surtout permettre au groupe de défense de mieux contrôler le programme

A400M
, dirigé par MTAD, devenu le boulet d'EADS. Et c'est là le nœud du problème: la perte de pouvoir des Espagnols. Début février, Carlos Suarez a écrit une lettre à Louis Gallois, président d'EADS, dans laquelle il affirme que "dans les conditions actuelles", il ne se sent "pas en condition de discuter du processus d'intégration (qui doit être bouclé le 1er avril ndlr) de MTAD dans Airbus".

Le gouvernement espagnol, actionnaire à hauteur de 5,49% d'EADS via sa holding de participation industrielle, renchérit : "Oui à une intégration, non à la dilution." "Carlos Suarez a la confiance et le soutien du gouvernement espagnol", précisait le porte-parole du ministère de l’Industrie. Mais voilà, le sort de Carlos Suarez est incertain. Selon El Pais, il aurait même déjà été remplacé par un autre espagnol, Domingo Ureña.

Finalement, ce n'est peut-être pas tant la nationalité espagnole de Carlos Suarez qui serait remise en cause, que son échec à mener à bien le programme A400M, qui a du mal à voir le jour. En changeant la tête de MTAD et en l'intégrant dans Airbus, EADS s'assure un meilleur contrôle de l'avancée de l'A400M, dont les retards récurrents écornent son image et lui coûtent cher.

En nommant un autre Espagnol, EADS espère donc calmer les inquiétudes des ibériques sur le maintien de la nationalité espagnole à la tête de la division militaire. Ménager les susceptibilités devient un sport national chez EADS qui a déjà dû jongler entre les désidératas des Allemands et des Français depuis sa création en 2000. Louis Gallois, arrivé en 2007 à la tête du groupe, avait finalement obtenu d'en être le seul dirigeant. Précédemment, et pendant quasiment 7 ans, EADS devait s'arranger avec un management bicéphale, moitié français, moitié allemand.

La prise de pouvoir de Louis Gallois ne s'est pas faite sans heurts et âpres négociations. Finalement, l'Allemagne a lâché en 2007, et le co-président d'EADS, Tom Enders a accepté la

présidence d'Airbus
, la plus grosse division d'EADS. Depuis lors, chaque nouvelle nomination est pensée: un Français à la tête de la communication corporate d'EADS, vite un numéro deux allemand. Dans ce bras de fer franco-allemand pour le pouvoir, la fierté espagnole avait été un peu vite oubliée.

Anne-Sophie Galliano
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