70 bouteilles françaises se débouchent toutes les secondes dans le monde. Et pourtant, les exportations tricolores de vins et spiritueux ont dégringolé en 2009, selon les chiffres de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS), publiés jeudi.
Avec une chute de 16,8%, la filière connaît l'une de ses plus mauvaises années depuis dix ans. Les fleurons du secteur comme le Champagne, le Cognac ou les vins d'appellation en sont les premières victimes.
Marchés très fragiles
Comme l'ensemble des exportations françaises, les vins et les spiritueux ont souffert de la contraction des échanges mondiaux depuis un an et demi. Et notamment de la montée du chômage aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, principaux débouchés de la France.
Les marchés américains et britanniques ont réduit leurs importations de 22,7% et 20,2% l'année dernière. Or, la France réalise encore 49% des exportations du secteur avec l'Union européenne et 20,9% avec les Etats-Unis et le Canada.
Même si la Chine et Hong-Kong étaient les deux seuls marchés en hausse en 2009, "les pays émergents n'ont pas encore compensé nos pertes en Amérique du Nord et dans l'Union européenne", rappelle Claude de Jouvencel, président de la FEVS.
Vers les vins moins chers
Mais pour les spécialistes de la filière, cette chute des ventes à l'étranger s'explique aussi avant tout par une dépréciation de la consommation.
"D'une façon générale, les consommateurs ont opéré deux déplacements d'achats avec la crise. Ils ont moins consommé d'alcool français dans les bars, hôtels et restaurants et l'ont plutôt acheté en grande distribution. Ils se sont ensuite concentrés sur des produits d'entrée de gamme à bas prix", analyse Claude de Jouvencel.
Dans le haut de gamme: le Champagne et le Cognac (38% des exportations françaises en valeur) ont subi des baisses très importantes de leurs chiffres d'affaires à l'export (-27,9% et -15.6%). Il en va de même pour les vins d'appellation, comme le Bordeaux (-23,2%) le Bourgogne (-22,5%) ou le Beaujolais (-16,2%).
A contrario, les vins de pays, beaucoup moins chers, ont connu une baisse limitée et les vins de table ont même légèrement augmenté.
Baisser les prix
Alors, les producteurs français sont-ils trop chers?
"Il est évidemment qu'il va falloir proposer des tarifs plus attractifs mais ce n'est pas ça qui va relancer la machine. Le marché pour le haut de gamme est là, simplement, il est mal vu aujourd'hui de boire un grand vin. Ce n'est pas dans l'air du temps mais ça va revenir ", selon Louis-Fabrice Latour, président des négociants éleveurs de Bourgogne.
Et pour proposer des prix plus compétitifs, la filière compte beaucoup sur la baisse de l'euro face au dollar.
"Nous avons souffert d'une monnaie unique trop forte l'année dernière. Si le taux de change continue de s'améliorer, comme c'est le cas depuis plusieurs semaines avec la crise budgétaire grecque, 2010 sera moins difficile", espère ainsi Claude de Jouvencel.