Air France-KLM se doit de réussir son opération sur Alitalia

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Publié le 23 octobre 2008.

Air France-KLM, aspiré par la tourmente financière, reste tout de même un acteur de la consolidation du secteur. Si la compagnie résistait bien encore en septembre, force est de constater que comme les autres, elle ne pourra pas échapper au durcissement de la croissance économique. Lors d'une réunion en comité central d'entreprise, Jean-Cyril Spinetta, patron d'Air France-KLM, a abordé les conséquences de la crise pour son groupe. Selon des sources proches du dossier relayées par la presse, le groupe devrait dégraisser ses effectifs de 3,1% d'ici à mars 2011. Et annoncer des nouvelles mesures de réductions des coûts dans quelques semaines, incluant un coup de frein des investissements. Une information qui a déplu aux marchés financiers, l'action Air France-KLM perdait près de 10% jeudi 23 octobre après midi en Bourse.

Cela n'empêche pas Air France-KLM de rester en embuscade sur deux dossiers: Austrian Airlines et Alitalia, une vieille affaire. Sur le premier, la compagnie franco-néerlandaise n'a pas déposé mardi 21 octobre une offre ferme pour la reprise des 42% détenus par l'Etat autrichien. Il a laissé la place à Lufthansa, seule en lice depuis que la russe S7 a aussi jeté l'éponge. Air France n'a pas pour autant décroché, et précise même être toujours "intéressée". Et ce, malgré le fait que Lufthansa soit le seul habilité à déposer une offre financière d'ici à vendredi. Mais pour des observateurs du secteur il semble évident que si Air France arrive avec une offre très intéressante, le gouvernement autrichien ne pourra pas détourner les yeux. Surtout si Lufthansa, non soumis à la pression concurrentielle, tente d'imposer dans la négociation ses conditions de prix au vendeur. Austrian Airlines est estimé à 1,4 milliard d'euros, un montant qui comprend les 900 millions d'euros d'endettement. Un lourd fardeau à porter.

D'ailleurs, le marché ne croît plus à la privatisation accélérée de la compagnie autrichienne - le titre a dévissé de 30% mercredi 22 octobre dernier, et a donc été suspendu aujourd'hui. Mais le gouvernement n'est pas forcément prêt à passer par la voie de la recapitalisation, préférant trouver un partenaire stratégique qui redresse le groupe. Pris à la gorge, il pourrait être beaucoup moins regardant sur le prix. Air France-KLM peut donc encore jouer une carte. Si elle n'est pas trop rattrapée par ses propres difficultés.

D'autant qu'Air France se bat sur un autre tableau, un dossier qui traîne depuis des années: Alitalia. Le franco-néerlandais souhaiterait prendre une participation de 20% dans la compagnie, pour un montant estimé à 200 millions d'euros. Mais là encore la compagnie française se retrouve face à Lufthansa, qui lorgne aussi sur ces 20%. Pour le marché Air France-KLM serait la mieux positionnée. Peut-être parce qu'elle rêve depuis plus de 6 ans de mettre la main sur la compagnie ? Quoi qu'il en soit, le marché verrait d'un bon œil son entrée au capital de l'italienne. "C'est un investissement qui présente un risque limité, ce qui est une bonne chose, et une décision raisonnable dans le contexte actuel", explique un analyste.

Toutefois, cette prise de participation minoritaire laisse un sentiment mitigé. "Si on regarde le verre à moitié plein, le marché peut se dire que cette prise de participation est stratégique", estime un analyste. En revanche, "si on regarde le verre à moitié vide", Air France pourrait payer cher sa montée au capital dans cas d'un redressement d'Alitalia". Air France négocierait en effet avec le consortium industriel italien, repreneur de la compagnie, pour monter, au-delà de 20%, au capital d'Alitalia dans les prochaines années. En clair, pour le marché, "Air France peut rater Austrian Airlines, mais doit réussir son opération sur Alitalia".

Anne-Sophie Galliano
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