Le Maire: "Le monde agricole connaît sa crise la plus grave depuis trente ans"

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Publié le 26 février 2010.

Interview | Le Salon de l'agriculture ouvre ses portes ce week-end. Pour l'occasion, le ministre de de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, Bruno Le Maire, répond aux questions d'E24.

«Il faut assumer le coût d'une agriculture de qualité» : retrouvez la suite de l'entretien de Bruno Le Maire sur 20minutes.fr

E24: Quelles solutions proposez-vous pour permettre aux agriculteurs de vivre correctement de leur profession ?

Bruno Le Maire : Le monde agricole connaît sa crise la plus grave depuis trente ans. En 2009, les revenus ont chuté de 30 à 50% selon les filières.

A côté de cette situation conjoncturelle, il y a aussi des difficultés structurelles. Le problème numéro un de l'agriculture aujourd'hui est l'instabilité des prix: ils peuvent varier de 30 à 50% d'une année sur l'autre.

Pour changer cet équilibre économique, il faut redonner de la visibilité et une meilleure rémunération aux agriculteurs.

Nous proposons ainsi de mettre en place des contrats écrits avec des engagements sur les prix, les volumes et la durée de la part des acheteurs; et de renforcer le rôle de l'Observatoire des prix et des marges.

Concrètement, de quelle manière ces contrats vont-ils permettre aux producteurs d'être mieux rémunérés?

Actuellement, beaucoup d'agriculteurs livrent leur production sans savoir à quel prix ils seront rémunérés. Avec ces contrats, un producteur de lait, par exemple, saura que tel industriel s'engage sur plusieurs années à lui prendre une quantité déterminée à un niveau de prix donné.

Pour permettre aux agriculteurs d'être dans un rapport de force favorable lors de la négociation, je souhaite renforcer les interprofessions. Cela passe nécessairement par un changement du droit de la concurrence européen qui n'est plus adapté à la réalité.

Quels sont les outils pour lutter contre certaines marges de la grande distribution?

Quand un kilo de pomme coûte 80 centimes d’euros à produire, qu’il est vendu 60 centimes d’euros au distributeur puis 1,60 euro à l’étal, il y a quelque chose qui ne va pas.

Nous voulons renforcer le rôle de l'Observatoire des prix et des marges pour qu'il touche tous les produits agricoles. Mais il ne faut pas se contenter d'observer: l’objectif est de mieux répartir la valeur ajoutée entre les producteurs et l’aval de la filière.

Alors que la politique agricole commune (PAC) de l'Europe est en pleine renégociation, comment rendre l’agriculture européenne plus compétitive ?

L'Europe doit faire le choix d'une agriculture qui respecte des normes environnementales et sanitaires ainsi que des objectifs d’aménagement du territoire. La seule compétitivité par les prix serait une erreur. Nous ne serons jamais aussi compétitifs que d’autres pays qui n’ont pas ces mêmes conditions sanitaires ou environnementales.

Il faut donc tenir compte des exigences que l’on fait peser sur les agriculteurs au nom de cette conception européenne.

Comme l'a proposé le Président de la République, il me paraîtrait par exemple logique qu'il y ait une taxe carbone aux frontières de l'UE pour imposer les produits agricoles moins respectueux de l'environnement. De la même manière, je souhaite qu’on limite les importations de produits qui n'obéissent pas à notre législation sanitaire.

Ce n’est pas du protectionnisme mais simplement une question d'équité dans les règles.

Quels sont les nouveaux objectifs de la PAC pour l'après 2013?

A un moment où l'on se demande comment nourrir la planète tout en respectant l'environnement, tous les autres continents ont fait de l’agriculture une question stratégique. Ce serait une erreur historique pour l'Europe d'abandonner sa politique agricole.

J'estime que le rôle principal de la PAC est d’amortir les crises et de remettre de la stabilité dans la vie des agriculteurs européens.

L'Europe doit pouvoir intervenir plus rapidement, sur tous les produits agricoles et de manière plus efficace quand les cours s'effondrent.

J'ai également proposé en début de semaine une clause de sauvegarde en cas de crise économique qui permettrait à la Commission européenne, comme lors de la crise sanitaire de la vache folle, d'agir massivement en cas de la chute des prix agricoles.

La PAC est déjà très critiquée. De quelle manière comptez-vous changer cette image?

Nous y arriverons à travers la question alimentaire.

La PAC n’est pas une politique pour les agriculteurs mais une politique qui bénéficie à chaque citoyen européen. Elle concerne directement la qualité et la sécurité de leur alimentation quotidienne.

Propos recueillis par Elsa Meyer
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