Coup de tonnerre à Wall Street.
Déjà soupçonnée d'avoir accéléré la chute de l'assureur AIG, d'avoir aidé la
Grèce à maquiller ses comptes et pointée du doigt pour
Fraude sur les subprimes
Le gendarme de la Bourse américaine, la SEC, a annoncé vendredi qu'elle poursuivait la banque d'affaires pour une fraude liée aux "subprimes", les dérivés de crédits hypothécaires à risques, à l'origine de la crise financière mondiale. L'affaire s'est étendue mardi à l'étranger. La FSA, le gendarme des marchés britanniques, a à son tour annoncé "l'ouverture d'une enquête officielle" sur Goldman Sachs.
Cette dernière est accusée d'avoir poussé les investisseurs à acheter des dérivés de crédit tout en cachant une partie des risques et en pariant, de son côté, sur une baisse du marché immobilier.
Plus précisément, "Goldman a permis à tort à un client (le fonds d'investissement Paulson, ndlr) qui jouait contre le marché hypothécaire d'influencer lourdement quels titres immobiliers devaient être inclus dans un véhicule d'investissement, alors qu'au même moment elle disait à d'autres investisseurs que ces titres étaient choisis par un tiers indépendant et objectif", a accusé un responsable de la SEC, Robert Khuzami, cité dans un communiqué.
Un Français au centre des accusations
Le fonds Paulson avait rémunéré Goldman Sachs environ 15 millions de dollars pour la création de ce produit d'investissement, selon la SEC. Les investisseurs, eux, auraient perdu au total plus d'un milliard de dollars dans l'aventure.
Cette affaire remonte à avril 2007, juste avant l'éclatement de la crise des subprimes. Un des vice-présidents de la banque d'affaires new-yorkaise, le Français Fabrice Tourre est également accusé d'avoir été au courant de ces agissements et de les avoir conduits.
Tournure internationale
Après le lancement de poursuites par la SEC, le régulateur britannique, la Financial Services Authority (FSA) annonce "l'ouverture d'une enquête officielle". Le Premier ministre Gordon Brown avait appelé en personne dimanche à l'ouverture immédiate d'une enquête.
Il semblerait que les faits reprochés à Goldman Sachs, pour lesquels la banque dément toute intention frauduleuse, aient eu parmi leurs principales victimes la banque britannique Royal Bank of Scotland, à cause de son rachat de la Néerlandaise ABN Amro.
Cette dernière avait garanti le produit financier de Goldman Sachs incriminé dans cette affaire, dont le prix avait fortement chuté, faisant la fortune de ceux qui avaient parié contre lui sur les marchés. ABN avait un engagement de 909 millions de dollars dans ce produit, selon les déclarations même de Goldman Sachs.
L'économie casino
Tout le secteur pourrait être déstabilisé par ces accusations qui ciblent directement l'économie "casino" selon le New York Times.
"La nouvelle crée de l'incertitude sur le marché dans la mesure où il est probable que d'autres grandes banques soient impliquées ou visées par les investigations. De plus, nous ne savons pas quelles seront les conséquences de cette accusation pour la banque", a commenté Joshua Raymond, stratège marché de City Index à Londres.