Le transport ferroviaire de passagers dans l'Union européenne s'ouvre officiellement à la concurrence le 13 décembre prochain. Une libéralisation qui restera cependant théorique en France où le monopole de la SNCF devrait encore perdurer.
Troisième paquet ferroviaire
Cette ouverture est le résultat du "troisième paquet ferroviaire" adopté par les eurodéputés en 2007. Elle ne concerne cependant que les lignes internationales, contrairement à ce que souhaitait au départ la Commission européenne.
Dans plusieurs pays, notamment en France, les oppositions ont été nombreuses pour ne pas libéraliser les trajets nationaux et régionaux. "Au niveau européen, on voit bien que la France fait de la résistance!", analyse Cyrille du Peloux pour l'AFP, président de l'Union des transports publics (UTP), qui regroupe les exploitants français.
Cabotage sur les lignes
Concrètement, à partir du 13 décembre prochain, les compagnies européennes pourront faire du cabotage, c'est-à-dire prendre des passagers sur la partie nationale du parcours (entre Paris et Strasbourg sur un Paris-Francfort, par exemple), à condition que ce créneau concerne moins de la moitié des passagers et du chiffre d'affaires de la liaison.
Il faudra également que le matériel utilisé soit homologué et que Réseau ferré de France (RFF), le gestionnaire des voies ferrées françaises, accorde des créneaux de circulation.
Monopole pratique
Mais dans les faits, la SNCF ne devrait pas être trop inquiétée par des opérateurs étrangers. Aucun concurrent direct ne s'aventurera sur les lignes françaises avant l'été 2010. A cette date, la seule qui se soit montrée vraiment intéressée, la compagnie italienne Trenitalia, devrait proposer deux allers-retours par jour: Paris-Chambéry-Turin-Milan et Paris-Marseille-Nice-Gênes.
"La France a toujours été hostile à cette ouverture. La SNCF va, dans la pratique, encore être protégée pendant une dizaine d'années", estime Bruno Faivre d'Arcier, professeur au Laboratoire d'économie des transports (Let).
La SNCF s'organise
La compagnie a quand même déjà tout prévu pour accueillir ses futurs concurrents. Dans son nouveau Centre national des opérations ferroviaires (Cnof) ouvert l'été dernier, elle montre volontiers les pupitres, vides, pour l'instant, réservés aux opérateurs étrangers.
"La SNCF n'a pas peur de la concurrence!", répète son président Guillaume Pepy. La direction y voit même très officiellement "une opportunité", qui "va lui permettre de se remettre en question".
"On ne va pas faire de combats d'arrière-garde" en résistant, confirme Jean-Pierre Farandou, directeur général SNCF Proximités. "La question, c'est de savoir comment on ouvre, car il ne faut pas faire de fausses manœuvres!". Pour une compagnie ferroviaire, ce serait effectivement malvenu.