Pour la première fois depuis plus d'un an, la monnaie unique européenne a repassé le seuil symbolique de 1,50 dollar. Depuis le mois de mars et les premiers signes de reprise, l'euro a repris près de 20% sur le marché des changes face à la monnaie américaine. Selon certains analystes, comme David Morrison, de GFT Global Markets, la prochaine étape pour l'euro est le seuil de 1,60 dollar. Il se rapprochera ainsi de son record historique de 1,6038 dollar, atteint en juillet 2008.
Exit le dollar
Délaissé avec le regain de l'appétit au risque, le dollar a été fortement contestée dans son rôle de monnaie de réserve mondiale.
Le creusement des déficits commerciaux et budgétaires américains inquiètent les investisseurs. Les résultats des entreprises du troisième trimestre rassurent mais la banque centrale américaine a pour sa part confirmé, dans un rapport de conjoncture, le Livre Beige, que l'activité économique aux Etats-Unis s'améliore, mais de manière "faible" et "éparse" suivant les secteurs et les régions.
Par ailleurs, le dollar est devenu un simple véhicule de financement en raison de la faiblesse des taux américains (près de 0%) mais l'euro, lui, est prisé pour son rendement maintenu à 1% grâce à l'intransigeance de la Banque centrale européenne.
Mais "la force retrouvée de l'euro face au dollar renforce les inquiétudes sur la force et la viabilité de la reprise en Europe", souligne Howard Archer, de l'institut Global Insight. "Les perdants dans cette histoire sont clairement les exportateurs européens dont les produits sont vendus aux Etats-Unis ou dans les pays où la monnaie est liée au dollar, dans la mesure où ces produits seront moins compétitifs", explique l'économiste.
Un baril importé moins cher mais des exportations pénalisées
Les conséquences sont nombreuses pour les 16 pays partageant la monnaie unique. Outre la pénalisation des exportations, l'Europe va ainsi devenir une destination plus chère pour les touristes et les investisseurs désireux de s'y implanter. "Si l'euro reste au dessus de 1,50 dollar pour un laps de temps assez long, cela pourrait (faire craindre) à une déflation à long terme, forçant la BCE à baisser ses taux", note Howard Archer.
Mais la bonne nouvelle, selon l'analyste, c'est que les touristes européens gagneront en pouvoir d'achat. Et pour les entreprises, "étant donné que le pétrole, les métaux et les autres matières premières sont libellés en dollars, la force de l'euro devrait réduire les coûts".