Orange stressé: le titre du livre d'Yvan Roy sur les conditions de travail à France Télécom sonnait juste. Si l'on en doutait encore, les salariés de France Télécom vivent mal au sein de leur entreprise.
Ils l'ont clairement dit dans un questionnaire réalisé par un cabinet indépendant (Technologia) auquel ont répondu 80.000 d'entre eux en septembre. Une majorité de salariés n'est plus fière d'appartenir à France Télécom, selon un rapport présenté lundi à partir de ce questionnaire.
Seulement 39% des salariés de France Télécom se disent "aujourd'hui" fiers d'appartenir à leur entreprise, alors qu'ils sont 96% à affirmer qu'ils étaient fiers "auparavant", selon des éléments communiqués par les syndicats. L'état des lieux montre "une photographie très noire" du groupe selon les syndicats.
La fierté d'appartenance est "un indicateur fort, dont Technologia nous a dit que c'est le dernier qui se dégrade. Cela en dit long sur le ressenti du système de management", a souligné Nabyl Beldjoudi (FO) à l'AFP. Ni Technologia, ni la direction de France Télécom ne s'étaient exprimés publiquement en milieu de journée. Le PDG du groupe Didier Lombard et le numéro 2 Stéphane Richard n'étaient pas présents à la remise du rapport, a précisé Nabyl Beldjoudi.
"Métiers à risques"
65% des salariés affirment que leurs conditions de travail se sont dégradées, contre 30% qui disent qu'elles sont restées inchangées et 5% qui les ont vu s'améliorer. Le sentiment de dégradation est très fort chez les non cadres (75%) et chez les salariés ayant le statut de fonctionnaires (72%). "Technologia a indiqué que les conditions de travail étaient nettement plus défavorables à France Télécom qu'ailleurs en France", a affirmé M. Beldjoudi.
52% disent aussi qu'il leur est arrivé de se sentir "très fatigués ou stressés dans les douze dernier mois", 40% que cela leur arrive "souvent" et 8% que cela ne leur est pas arrivé. Ils sont par ailleurs 39% à dire que leur santé s'est dégradée ces cinq dernières années, 60% qu'elle s'est maintenue et 1% qu'elle s'est améliorée.
Selon M. Morville, le rapport insiste sur "la liaison entre conditions de travail difficiles et fragilisation de la santé physique et mentale", et montre que "beaucoup de gens pensent que les valeurs qu'elles défendent sont entrées en contradiction avec le management ou les objectifs de l'entreprise".
Il révèle également des métiers "à risques": ceux "liés à la vente et à la clientèle, comme la distribution, les centres d'appels, les interventions chez les clients", a ajouté M. Morville.
"Le diagnostic est révélateur de la situation interne et cela corrobore tout ce que la CFTC a dénoncé dans cette entreprise", a ajouté Patrice Diochet (CFTC). "J'espère que ce diagnostic va être un détonateur, on doit se servir de cet outil pour faire pression", notamment sur les négociations en cours sur le stress, censées se conclure à la fin de l'année, a-t-il ajouté.