Automobile: "Il va falloir partager"

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Publié le 16 octobre 2009.

Bruno Marzloff, sociologue et cofondateur du Groupe Chronos, estime que la congestion des routes oblige la voiture à évoluer.

E24 - Quelle place occupe aujourd'hui la voiture dans l'offre de mobilité?

Bruno Marzloff - En un siècle, l'automobile a fini par dominer tous les autres moyens de transport. Deux tiers des déplacements s'effectuent aujourd'hui en voiture. Cette évolution a entraîné des séquelles durables, à commencer par la pollution liée à l'usage de moteurs thermiques.

A cause de l'automobile, l'habitat a été de plus en plus dispersé. L'usage de l'automobile a contribué à étendre le territoire, avec le développement des banlieues, et le mitage de la campagne par la ville avec le phénomène de rurbanisation. L'organisation même de la cité, très centrifuge, s'est faite à l'usage de la voiture. Aujourd'hui, seule cette dernière peut la desservir.

En 40 ans, la distance entre domicile et travail a été décuplé. Elle est telle de nos jours que le transport entre ces deux points est devenu insupportable.

Est-on arrivé à un point de non-retour?

La voiture symbole de liberté est devenue synonyme de dépendance. Une certaine forme de désamour se développe entre l'usager et son véhicule.

Tout le monde n'en est pas au même stade. Pour preuve, le taux de possession d'une voiture décroît avec le taux de densité urbaine. A Paris, moins de 50% des ménages possèdent une automobile. Ce rapport s'élève en revanche à 80% dans le reste de la France.

A quoi ressemble l'avenir de la voiture selon vous?

Pour continuer à vivre, la voiture doit à la fois devenir moins pénible, plus économique et plus écologique. Mais simplement remplacer une énergie par une autre, ce n'est que déplacer le problème. Il faut aussi et surtout faire disparaître la congestion et gagner en fluidité dans les transports.

Nous allons continuer à avoir besoin de la voiture, mais nous allons la partager. Il existe plusieurs pistes: le co-voiturage, l'auto-partage et le transport à la demande (une sorte de taxi organisé par les transports publics), par exemple. Si une voiture transporte un passager en plus du conducteur, la consommation, la pollution et la congestion sont divisés par deux! En somme, cela fait gagner en productivité: les individus vont pouvoir se déplacer plus rapidement.

L'automobile va aussi devoir se rapprocher des autres moyens de transport. Les consommateurs vont partager leur trajet entre la voiture, le bus, la marche à pied.

Le développement de l'auto-partage va faire en sorte que moins de voitures rouleront, donc la demande va baisser. Selon moi, nous ne retrouverons jamais les niveaux de production observés avant la crise.

Que deviendront les constructeurs?

Face à la baisse prévisible de la production ils vont devoir se détacher de la dimension industrielle de leur activité et développer les services attachés à la voiture.

Nous devrions assister à l'essor de la voiture à la demande, ce qui entrainera le développement des services liés à l'automobile.

C'est ce que j'appelle la voiture logicielle et "servicielle". Logicielle, car il faut entrer dans une logique multimodale, d'interaction avec les autres modes de transport. Les constructeurs seraient donc bien inspirés de se préoccuper de l'intégration de la voiture au sein de ces nouveaux réseaux.

Voiture logicielle, aussi, car à l'usage de l'automobile sont attachés des services. Par exemple, les utilisateurs du covoiturage pourraient trouver des voitures grâce à un système embarqué de localisation.

Propos recueillis par Guillaume Guichard
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