Les programmes culturels ou français proposés par France Télévisions selon sa politique du "mieux disant culturel" peuvent-ils résister financièrement à l'assaut des séries américaines?
On le sait, ces séries vendues à toutes les télés du monde et largement amorties sont nettement plus rentables que des œuvres "patrimoniales" produites en France, comme la série Chez Maupassant ou Plus belle la vie.
Maupassant vs Cold case
France 2 le sait aussi. Acquise à faible coût sur le marché international, la série à succès "Cold case" diffusée sur France 2 "affiche un ratio recettes publicitaires/coût de 1.344% alors que dans le même temps le 1er épisode de la coproduction internationale Guerre et Paix se contente d'un ratio de 29%", écrit la Cour des comptes dans un récent rapport sur le groupe public. Précisément, un épisode de "Cold case" coûte 79.500 euros pour plus de 1 million d'euros de recettes publicitaires.
Depuis que la chaîne a remplacé le film du lundi soir par une série américaine, "le coût de la case dans la grille de programme a baissé de 75% entre 2005-2008, l'audience a progressé de 7% et les recettes nettes de 86%", observe la Cour des comptes.
La concurrence féroce de ces programmes très rentables abondamment diffusés sur les chaînes privées, oblige France Télévisions à les proposer mais aussi à adopter une culture de rentabilité plus stricte sur l'ensemble des programmes de divertissement. Aux cours des années précédentes, le groupe n'a pas brillé sur ce tableau.
Ainsi, la Cour des comptes pointe les mauvaises performances de la soirée divertissement du samedi soir. Il s'agit du programme le plus cher de la grille après les deux soirées "fiction". Son coût moyen annuel a grimpé de 38% en trois ans contre 15% pour l'ensemble des programmes, mais les audiences ont baissé de 6% et les recettes de 10% sur la période.
Globalement, la Cour des comptes estime "qu'il est difficile de rapporter la croissance des investissements et du coût de grille des années 2005-2008 à une stratégie d'efficacité mesurée à travers l'audience et les recettes associées aux différentes émissions".
Obligation d'investir dans le culturel
Pourtant cet enjeu va en se renforçant pour France Télévisions dont le déficit atteint 138 millions d'euros en 2008, dont les recettes publicitaires vont progressivement disparaître (bien que compensées) et pour qui l'obligation de diffuser des œuvres "patrimoniales" a été relevée.
Selon un accord interprofessionnel du 22 octobre 2008, France Télévisions s'est engagé à consacrer 18,5% de son chiffre d'affaires à ce type de productions et 20% d'ici à 2012. Selon le même accord, l'obligation de TF1 va passer de 16% à 12,5% du chiffre d'affaires. TF1 pourra développer plus de séries américaines.
"Cela révèle à quel point les obligations d'investissements (de France Télévisions, ndlr) dans les programmes correspondent à une politique culturelle voulue par l'Etat qui dépasse –voire ignore- l'intérêt social de France Télévisions", estime la Cour des comptes.
Suppression de la pub
On pourrait penser que la suppression de la publicité sur France Télévisions rendrait le groupe moins dépendant d'une logique purement commerciale quant au choix de ses programmes. Mais la fin de la pub a aussi un effet pervers.
Sans les recettes publicitaires, France Télévisions perd un outil de mesure de l'efficacité et de la rentabilité de ses programmes. "Si le groupe conserve l'initiative éditoriale de sa grille de programmes en revanche, il n'en maîtrise pas l'économie", constatent les auteurs du rapport. Le risque, selon la Cour des comptes, est de voir se renforcer la dérive des coûts d'achats des programmes. Les mauvais programmes, subventionnés par l'Etat, ne subiront plus la sanction de la pub.