Les prix du diesel à la pompe ont pris 15% sur l'année alors que l'essence a augmenté de 8%. Les prix du baril ne semblent pas se répercuter de la même façon sur l'essence et le diesel. Normal, selon l'UFC-Que Choisir, les marges de raffinage sur le diesel expliquent 41% de la hausse de ce carburant. Donc, les consommateurs font face à un double choc: celui des prix du brut et celui du raffinage.
Les raffineurs qui transforment le pétrole brut en diesel et en essence ont connu une explosion de la demande pour le diesel. Mais les capacités de production du raffinage du diesel atteignent leur limite technique. La demande flambe pour le diesel alors que l'offre stagne. D'où l'augmentation des prix. Dans ce contexte, les raffineurs ont augmenté leurs marges sur le diesel. Quand celle des raffineurs sur l'essence est restée stable entre 2000 et 2007, autours de 2 centimes le litre, la marge du diesel est passée de 2 centimes en 2000, à 13 centimes le litre aujourd'hui.
Les dernières constructions de raffineries datent des années 70. Le choc pétrolier a tout stoppé. Maintenant la carence d'investissement dans les raffineries, et donc le manque de capacité de production, est responsable de la hausse.
Et la situation n'est pas prête de s'améliorer selon UFC-Que Choisir. "Dans une prévision à 5 ans, les grands groupes pétroliers (Total, Shell, BP) ne prévoient presqu'aucun investissement dans l'industrie de raffinage", note François Carlier, responsable de l'Etude "Prix des carburants et raffinage" d'UFC-Que Choisir. L'UFIP, l'union française des industries du pétrole, reconnait qu'en France, "les évolutions sont telles qu’il en résulte, année après année, un écart grandissant entre la capacité de production du raffinage et les besoins du marché, nécessitant l’importation de 40% du gazole consommé en France"
La France et les pays européens se rendent donc plus dépendants des approvisionnements extérieurs, notamment du marché russe.
Pourquoi une tel manque de volonté à investir? Les pétroliers restent "traumatisés par le souvenir du choc pétrolier des années 70", explique François Carlier à l'UFC-Que Choisir. A cette époque, la chute drastique de la consommation française de produits pétroliers a entraîné des situations de surcapacités dans les raffineries. Les pétroliers n'entendent pas revivre cette situation, car ils tablent sur une baisse graduelle de la consommation après avoir atteint un pic. "Ils bénéficient aussi d'une situation magnifique qu'ils entendent préserver", note François Carlier.
Selon l'Ufip, l'Union française des industries pétrolière, la consommation française de diesel est passée de 27,4 millions de tonnes en 2000 à 33 millions de tonnes en 2008. La consommation d'essence, à, elle, baissé de 13,8 millions à 9,9 millions de tonnes durant la même période.