Les baisses de taux historiques décidées par la Banque centrale européenne doivent maintenant agir sur l'économie, a déclaré son président Jean-Claude Trichet, suggérant que l'institution allait marquer une pause en janvier.
La BCE a réduit de 175 points de base son principal taux en deux mois, une baisse sans précédent dans sa jeune histoire. "Nous devons la faire passer dans l'économie réelle", a expliqué le Français lundi soir, lors d'un dîner organisé par le club des journalistes économiques de Francfort. L'institution a commencé à baisser ses taux le 8 octobre, dans le cadre d'une action concertée avec ses homologues mondiales, puis en novembre et début décembre.
Allègement
D'autres banquiers centraux européens avaient, avant lui déjà, tempéré les attentes des marchés qui, face à la détérioration rapide de l'économie et la chute brutale de l'inflation, anticipent un nouvel allègement des conditions du crédit dès la réunion du 15 janvier. Il a refusé de s'avancer sur les chances d'un tel geste à cette date. "Je n'ai absolument rien à dire", a-t-il martelé.
Le principal taux, désormais à 2,50%, descendra selon les paris des économistes entre 1,50 et 2% d'ici fin mars. Jean-Claude Trichet a confié que le conseil avait évoqué l'idée de faire descendre le taux très bas afin de relancer l'activité de crédit entre banques. "Nous avons à l'esprit de ne pas descendre trop bas", a-t-il aussi indiqué. La BCE n'a jamais abaissé son taux sous 2%.
Plans gouvernementaux
Il a de nouveau invité les banques commerciales à remplir leur part du contrat. Les actions menées par la BCE, aussi bien des baisses de taux que l'approvisionnement généreux en liquidités sur le marché monétaire, et les plans gouvernementaux de soutien au secteur ont modifié la donne. Les mesures prises "doivent être prises en compte par les institutions financières comme part de leur nouvel environnement", a-t-il dit. "Nous devons être pragmatiques", a-t-il ajouté à leur intention. Une diminution du principal taux permet aux banques de se refinancer à meilleur marché, ce qu'elles transmettent à leur clients --particuliers ou entreprises-- en réduisant les taux d'intérêt qu'elles pratiquent sur leurs crédits.
Du moins en temps normal. Mais ce mécanisme est grippé. Les banques, échaudées par l'intensification de la crise financière consécutive à l'effondrement des banques d'affaires aux Etats-Unis à la mi-septembre, n'osent plus se prêter entre elles sur le marché monétaire, qui ne fonctionne que grâce aux injections de liquidités de la BCE. Elles craignent d'avoir à faire le deuil de leur argent en cas de défaillance de leurs consoeurs. Les entreprises ont déjà commencé à faire état de difficultés à emprunter. Le président de la BCE a toutefois redit qu'à l'heure actuelle les chiffres à disposition de l'institution ne "signalisaient pas de pénurie du crédit" en zone euro.