Les résultats de Safran donnent l'impression que le motoriste et fabricant d'équipements aéronautiques est resté cloué au sol tout au long de 2008, malgré un carnet de commandes qui n'a cessé de progresser ces dernières années. Cela devrait relancer la spéculation sur la nécessaire consolidation de l'industrie aéronautique française.
Les résultats encourageants dégagés l'an dernier par son activité de motoriste et les efforts d'amélioration des marges dans l'équipement aéronautique et la défense ont été engouffrés par les pertes financières liées aux opérations de couverture de changes.
2009 ne s'annonce pas sous de meilleurs auspices, au moment où les compagnies aériennes, touchées de plein fouet par la crise économique, annoncent des réductions de capacités et des reports de commandes d'appareils. Mercredi, Jean-Paul Herteman, le président du directoire de Safran, a d'ailleurs indiqué avoir reçu 250 annulations de commandes de moteurs, représentant 8% de son carnet de commandes. Ces annulations ne menacent pas le plan de livraison de 2009, mais menacent l'activité du groupe à plus long terme.
Safran prévoit un chiffre d'affaires stable par rapport aux 10,3 milliards d'euros facturés l'an dernier et une marge d'exploitation comprise entre 5% et 6% - soit un résultat entre 516 et 620 millions d'euros contre 652 millions d'euros en 2008, sur une base ajustée. Cette annonce a jeté un froid en Bourse. Le marché tablait sur un résultat opérationnel de 700 millions d'euros cette année. Selon un courtier londonien, la nouvelle prévision de résultat opérationnel de Safran devrait conduire à une révision en baisse de 20% en moyenne des estimations de résultat, expliquant la chute du cours de Bourse de la société.
Après avoir cédé ses activités de communication, et plus récemment, ses terminaux de paiement, Safran doit affronter un retournement du cycle de l'aérien, ce qui pourrait le conduire à prendre de nouvelles mesures de réduction des coûts et de délocalisation d'activités et ne dispose pas d'un pôle Défense suffisamment fort le dotant d'un amortisseur conjoncturel lui permettant d'attendre patiemment l'heure de la reprise.
En l'absence d'un rebond plus rapide de ses résultats, Safran et ses actionnaires pourraient enfin prendre conscience de son manque de taille critique et reconsidérer l'intérêt de s'adosser à un partenaire plus puissant. A cela s'ajoute une situation bilantielle qui se fragilise. Entre 2004 et 2008, les fonds propres sont passés de 42% à 23% du bilan. Constatant l'échec de la fusion entre Sagem et Snecma, Safran va peut-être réfléchir à son avenir autrement qu'en des termes d'indépendance dans un secteur aéronautique et de défense en mal de consolidation.