Walt Disney World Company n'est pas en super forme, qu'en est-il de Disneyland Resort Paris (ex Disneyland Paris), dont l'américain est le principal actionnaire? Bien. Enfin, mieux. Pour la première fois en 2008, le groupe est bénéficiaire, ou tout au moins à l'équilibre, une fois qu'il a payé les intérêts financiers à ses minoritaires.
Une bonne nouvelle pour le parc d'attractions, qui depuis son ouverture en 1992, vit une histoire chaotique. Il n'a été rentable qu'entre 1995 et 2001. Ensuite, à nouveau trois années de vache maigre. "En 2002, nous avons décidé d'ouvrir le deuxième parc d'attractions, alors que nous prenions de plein fouet la crise économique due aux attentats du 11 septembre 2001. C'était un mauvais timing", avoue-t-on chez Disneyland Resort Paris.
Dur de remonter la pente, avec des comptes plombés par une dette de 1,9 milliard d'euros, traînée depuis l'ouverture du parc en 1992. "Cela fait seulement deux ans que nous commençons à la rembourser, et d'ici à 2012 nous en aurons payé un quart", reconnaît le groupe.
Une dette colossale, un projet pharaonique et une mauvaise stratégie. Tous les ingrédients étaient réunis pour plomber un peu plus ce parc, tant décrié dès sa conception. Pourtant l'équation de Disneyland Resort Paris est simple: augmenter la fréquentation de nouvelles attractions et surtout accroître les dépenses par visiteurs, via l'hôtellerie, la restauration, et les achats en boutique. Il faut dire que les charges d'exploitation des 14. 430 m2 sont lourdes: 1,240 milliard d'euros par an pour financer la maintenance, le personnel (13.000 salariés, dont 90% sont en CDI), le marketing et les ventes.
Mais avec un endettement trop lourd, la marge de manœuvre pour investir était limitée. Et le management de l'époque ne veut pas se risquer à plomber un peu plus les comptes. La valse des dirigeants continuent et en 2005, un nouveau patron arrive, le sixième: Karl Holtz.
Une page se tourne. Karl Holtz reprend la barre et décide de réinvestir. Une augmentation de capital est lancée en 2005, 240 millions d'euros sont levés, souscrit pour moitié par Walt Disney Company. Plusieurs nouvelles attractions sont programmées entre 2006 et 2008, dont la Tour de la Terreur. Un succès. La fréquentation revient. Le parc peut se féliciter d'attirer 15,3 millions de visiteurs en 2008, devenant la première destination touristique d'Europe. Et la dépense moyenne d'un visiteur atteint 46,30 euros.
Mais l'investissement ne fait pas tout. "Nous avons complètement repensé notre stratégie marketing. Avant nous réfléchissions par pays, maintenant nous avons une vision beaucoup plus fine du marché", explique le parc d'attractions. "Nous segmentons nos clients: les familles avec enfants, les jeunes adultes, et les familles avec de grands enfants. Et nous faisons des offres adaptées à chaque catégorie. Ensuite, nous adaptons les offres par type de pays". Les Anglais et les Espagnols font des séjours plus longs que les Français par exemple. Ensuite, les Anglais réservent longtemps à l'avance, alors que les Espagnols réservent une semaine avant leur départ. Autant de critères qui sont aujourd'hui pris en compte et ça marche: les hôtels, 5.800 chambres au total, ont un taux d'occupation de 91%. Mais pour continuer sur cette lancée, le parc ne lésine pas sur les moyens. Le budget du marketing, ventes, et publicité atteint 125 millions d'euros, soit un peu moins de 10% du chiffre d'affaires.
Disneyland Resort Paris a trouvé son modèle, enfin il l'espère. Et il compte poursuivre les investissements, financés par son cash flow. La fête magique de Mickey sera "l'expérience" de 2009. Le parc espère que les clients vont adhérer.
Et surtout, Disneyland Resort Paris n'a plus qu'à croiser les doigts que la nouvelle crise économique ne remette pas un nouveau frein à la stratégie poursuivie par Philippe Gas, le nouveau patron depuis septembre 2008. "Nous n'avons pas une attitude triomphaliste, et si nous avons tiré nos résultats au premier trimestre grâce à la France, nous ne sommes pas immunisés face à la crise", avoue Disney Resort Paris.