On croit intuitivement que quand les Etats Unis vont mal, cela bénéficie à l'euro. C'est pourtant le contraire. En général, l'euro se renforce quand l'horizon économique s'éclaircit, notamment celui des Etats-Unis. Et c'est le dollar qui reprend ses droits de valeur refuge quand les craintes concernant la conjoncture mondiale reprennent le dessus.
Toutefois, à moyen terme, la tendance est au renforcement de la monnaie communautaire, seule véritable prétendante dans l'immédiat au rôle de monnaie mondiale.
Un exemple. Dans le sillage d'un indicateur meilleur que prévu des ventes hebdomadaires des chaînes de magasins aux Etats-Unis, l'euro a atteint 1,3429 dollar vers 15h00 mardi 5 mai, contre 1,3408 dollar la veille. Mais à la suite d'informations mitigées concernant les "stress tests" des banques américaines, il est redescendu sous la barre des 1,34 dollar.
Depuis février 2007, la devise européenne n'a évolué durablement en-dessous des 1,30 dollar pour 1 euro qu'à deux reprises, entre la mi-octobre et début décembre 2008, puis entre la mi-janvier et la mi-mars 2009.
Deux périodes de tensions extrêmes, qui illustrent l'appétit des investisseurs pour le billet vert dès que la détérioration de l'économie mondiale revient sur le devant de la scène. Elles avaient été précédées par un renforcement spectaculaire de l'euro l'an dernier, qui avait atteint 1,60 dollar. Plus récemment, l'euro avait à nouveau testé et dépassé en avril le plancher des 1,30 dollar… mais seulement pendant trois jours.
"L'euro pourrait très rapidement remonté vers les sommets qu'il a connu l'an passé", explique Andreas Hoefert, économiste en chef chez UBS. Pour relancer leur économie et les marchés du crédit, "les autorités américaines font marcher la planche à billet", explique l'économiste, qui rappelle que le déficit budgétaire devrait atteindre les 13% du PIB américain sur l'exercice fiscal 2008-2009. Or, "traditionnellement, quand les déficits et la dette américains augmentent, le dollar baisse par rapport aux autres monnaies", conclut Andreas Hoefert.
Symbole de ce laxisme monétaire, les mesures de "quantitative easing" de la Fed ont considérablement augmenté la masse monétaire. "Quelle sera la réaction du marché lorsque la Fed décidera de retirer la perfusion de liquidités soutenant artificiellement le marché des emprunts d'Etat?", s'interroge Pictet & Cie.
Si d'aventure l'offre de titres obligataires publiques venait à dépasser la demande, un krach du marché des obligations d'Etat américain ne serait pas à exclure. Avec comme conséquence une perte de confiance dans le dollar, dans lequel sont libellés ces titres, et in fine une hausse très importante des prix intérieurs américains. "On va aller vers une grande inflation et c'est voulu, car quand on a une grande dette, on peut créer de l'inflation pour en réduire le poids", nuance Andreas Hoefert. Tout est donc une question de dosage.
Ces craintes pèsent régulièrement sur le dollar, mais elles ne reviennent paradoxalement que quand la situation semble s'améliorer au niveau mondial. C'est-à-dire quand les investisseurs, rassurés sur l'état de la conjoncture, en viennent à songer aux conséquences des mesures "non-conventionnelles", voire expérimentales selon certains, décidées par les autorités américaines.
L'euro, pendant ce temps, se renforce, mais ne parvient pas à percer au niveau mondial. "Dix ans après sa création, l'euro a été une force stabilisatrice réelle pour l'économie européenne", écrit le think tank Peterson Institute for International Economics. "Pourtant, le statut de monnaie internationale de l'euro reste limité", convient l'institut. La monnaie unique n'a pour l'instant qu'un rôle secondaire, dans l'ombre du dollar, et son influence se borne aux états limitrophes de la zone euro.
Les principales causes de ce rôle limité tiennent à la fragmentation de la politique économique européenne (qui reste de la compétence des pays membres de la zone), à l'étroitesse relative des marchés financiers européens par rapport à leurs concurrents américains, et bien sûr à l'absence de pouvoir politique souverain central. "Nos clients asiatiques pensent que la zone euro pourrait éclater", mais "nous n'y croyons pas car le coût serait trop élevé pour les pays qui décideraient de sortir de l'euroland", fait remarquer Andreas Hoefert.
Pour l'euro, la donne pourrait néanmoins changer à terme. Le yuan chinois, encore inconvertible et trop corrélé au dollar, ne peut pas encore prétendre devenir monnaie de réserve, intermédiaire des échanges et étalon de valeur, les trois fonctions aujourd'hui remplies par le dollar au niveau mondial. Le yen japonais est de son côté handicapé par la violence de la récession qu'endure l'archipel. "Nous ne recommandons pas de se positionner à l'achat pour le yen", explique Andreas Hoefert, qui ajoute que la dette publique nippone pourrait atteindre les 200% du PIB à court-terme. Sans réelle concurrence, l'euro pourrait enfin prendre la place de monnaie de référence mondiale.
Le cours de l'euro exprimé en dollar américain
Source: Boursorama