Le président de la Fed Ben Bernanke a démenti une nouvelle fois mardi 5 mai avoir conseillé au PDG de Bank of America, Kenneth Lewis, de cacher la réalité de la situation financière de Merrill Lynch pour ne pas faire capoter son acquisition.
"En aucune façon je n'ai demandé à Ken Lewis de cacher quoi que ce soit ou de faillir à sa tâche en ne rapportant pas ce qu'il devrait rapporter", a déclaré Ben Bernanke devant la Commission économique mixte du Congrès, à l'occasion d'un discours plus général sur l'état de l'économie américaine. Le dirigeant a ainsi confirmé le précédent démenti de la Fed, intervenu le 23 avril.
La question des parlementaires portait sur des révélations rendues publiques le 23 avril par le procureur général de New York, Andrew Cuomo. Lors d'une déposition sous serment, Kenneth Lewis avait indiqué qu'en décembre dernier, Ben Bernanke et le secrétaire au Trésor de l'époque, Henri Paulson, avaient fait pression sur la direction de sa banque pour qu'elle ne révèle pas l'étendue des pertes de Merrill Lynch à ses actionnaires et accepte de racheter sa consœur en difficulté.
Licencié en janvier dernier de son poste, l'ex-PDG de Merrill Lynch, John Thain, a de son côté déclaré refuser d'être un bouc-émissaire, insinuant que le management de Bank of America était au courant des pertes de sa banque.
Ces éventuelles pressions auraient été motivées par les craintes des autorités américaines concernant une nouvelle crise systémique, à l'image de celle provoquée par la faillite de Lehman Brothers. Un rejet de l'acquisition de Merrill Lynch, lourdement déficitaire au quatrième trimestre 2008, par les actionnaires de Bank of America aurait pu créer une nouvelle phase d'instabilité dans la finance mondiale.
Ben Bernanke a ajouté tenir à la disposition du Sénat et de la Chambre des représentants tous les papiers, documents ou notes relatifs à ses rencontres avec Ken Lewis. Ces documents "soutiennent mon affirmation irrévocable selon laquelle je n'ai jamais, et d'aucune manière, demandé à Ken Lewis de manquer à son obligation de révéler toutes les informations devant l'être", a ajouté Ben Bernanke en réponse à une question d'un élu. Ben Bernanke a par ailleurs précisé que lors de sa rencontre avec Kenneth Lewis en décembre, l'avocat de la Fed était présent et que celui-ci avait "veillé à ce que tout ce qui s'y passe soit conforme en tous points à ce que la loi exige".
A l'inverse, un porte-parole de Henri Paulson avait indiqué le 23 avril dernier que celui-ci avait délivré un "message fort" à Bank of America en décembre en lui faisant comprendre qu'il serait "inconcevable" qu'elle renonce à absorber Merrill Lynch.
L'acquisition de la banque, entérinée par les actionnaires le 5 décembre 2008, a été officialisée le 1er janvier 2009. Fragilisé par ce rachat, qui a fait plonger le cours de l'action Bank of America, Kenneth Lewis a perdu la semaine dernière la présidence du conseil d'administration de sa banque.