Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a jugé "approprié" le niveau actuel du taux de refinancement, lors de la traditionnelle conférence de presse suivant la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs. Le Français a en revanche réaffirmé que la banque centrale n'a pas décidé d'un plancher minimum, s'accordant ainsi la possibilité de nouvelles baisses.
Depuis octobre, le principal taux d'intérêts directeur de la BCE, qui détermine les conditions du crédit en zone euro, est tombé de 4,25% au niveau historique de 1%. La dernière baisse remontait à mai et la BCE avait fait comprendre qu'elle comptait faire une pause en juin.
De nombreux économistes estiment que la BCE ne va plus baisser son principal taux directeur, malgré une inflation tombée à zéro en mai sur un an et la sévère récession que traverse la zone euro. "Une forte baisse des prévisions de croissance justifierait un ton plus modéré sur les taux", estime cependant Sylvain Broyer, économiste chez Natixis, pour qui le taux principal va finir par être abaissé sous les 1%, peut-être après l'été.
Jean-Claude Trichet, qui a comme attendu révisé en baisse les prévisions pour 2009 de croissance (-4,6%) et d'inflation (+0,3%) de la zone euro, a également fourni des détails concernant le programme d'achat d'obligations sécurisées de 60 milliards d'euros annoncé il y a un mois, qui vise à stimuler l'activité de crédit. Il s'échelonnera de juillet 2009 à juin 2010 et sera réparti à travers la zone euro. Le programme concernera des titres obligataires de 3 à 10 ans achetés sur les marchés primaires et secondaires et notés au moins BBB.
Le président de la BCE a en outre tenu à rassurer sur les récentes déclarations d'Angela Merkel. La chancelière a réaffirmé lors d'un entretien téléphonique avec le président de la BCE mercredi 3 juin qu'elle "respectait pleinement l'indépendance de la BCE et qu'elle soutenait pleinement ce que nous faisons (...)", a-t-il déclaré.
Cette mesure d'assouplissement quantitatif, d'ampleur très modeste par rapport aux plans américain et britannique, avait provoqué l'inquiétude d'Angela Merkel. Craignant des poussées inflationnistes à moyen terme, la chancelière allemande avait déclaré être "très sceptique" concernant l'ampleur des actions de la Fed et de la BoE, et avait regretté que la BCE ait "plié devant la pression internationale".
Le plus important est d'avoir "une stratégie de sortie appropriée", a souligné Jean-Claude Trichet. Dès que l'environnement économique se sera amélioré, le conseil des gouverneurs "fera en sorte que les mesures prises soient rapidement levées et les liquidités apportées soient absorbées", afin d'éviter tout risque de surchauffe inflationniste, a-t-il assuré.