Clermont, la défaite pour entretenir le mythe?

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Publié le 27 mai 2010.

RUGBY - Face à Perpignan en finale du Top14 samedi soir, les Jaunards pourraient mettre fin à une légende...

L’histoire, tout le monde la connait. Un siècle d’existence dont 85 années consécutives dans l’élite, dix finales de championnat pour autant de défaites: Clermont a forgé son histoire dans le marbre de l’amertume et de la frustration. Trois finales consécutives perdues ces trois dernières saisons et ce triste record prend des accents de fatalité. L’Association Sportive de Montferrand est entrée dans la légende, a créé un mythe qui dépasse nos frontières. Mais qui risque aussi de s’effondrer.

Car samedi soir, face à Perpignan, la capitale mondiale de la défaite pourrait redevenir une ville normale, et l’ASM un club comme les autres, en chassant pour la première fois les démons qui le hantent depuis sa première finale, en 1936 face à Narbonne. Voilà le paradoxe: en remportant leur premier titre, les Jaunards perdraient leur identité. «On ne peut pas aller jusque-là, coupe Olivier Merle, ancien du club et de l’équipe de France. Mais on ne peut pas empêcher les gens de le penser, d’assimiler l’ASM au Poulidor du rugby.» L’éternel deuxième du Tour de France serait-il aussi connu et apprécié des Français avec une victoire dans la Grande Boucle? Pas sûr...

Une messe célébrée par l’Abbé Paris

Clermont bénéficie chaque année d’un soutien plein d’empathie d’une majorité de Français qui en pincent toujours pour le loser. Alors, tous comptes faits, vaudrait-il mieux perdre samedi? «Vous vous rendez compte du truc, sourit Olivier Merle. Cela voudrait dire qu’il ne faudrait pas qu’on gagne le bouclier pour conserver le rêve. En terme de marketing, c’est bien joué, mais en terme de résultats c’est lassant.» Car tout le problème est là. Si l’histoire amuse le grand public, les Auvergnats ne veulent plus de cette image qui leur colle au corps comme un virus.

«Ça fait mal, c’est usant et fatiguant, soupire Gérard Salas, président du club de supporters du XV Montferrandais. On donne l’impression d’être un club anormal, d’être victime de cette malédiction, de ce chat noir. Mais on veut être un club normal.» Un chemin vers la normalité qui passe par «une messe, célébrée à Vertaizon (Puy-de-Dôme) par l’Abbé Paris, ça ne s’invente pas.» Oui, les Clermontois ont tout essayé pour tenter de conjurer le sort et se sont de nouveau laissés naïvement envahir par l’engouement, comme chaque semaine précédent une finale. «Si on gagne, on fera une belle fête, conclut Gérard Salas. Et si on perd, on sait comment faire...»


Bertrand Volpilhac
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