La Commission Européenne va recommander ce mercredi aux Etats membres de ne pas revoir à la hausse leurs engagements en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La commissaire européenne au climat, Connie Hedegaard, devrait indiquer que les «conditions ne sont clairement pas remplies» pour passer de 20% à 30% de réduction d’ici 2020.
L’objectif de réduction de l’Union européenne adopté à Copenhague en décembre dernier était flexible: l’engagement minimum de réduction de 20% d’ici 2020 était révisable à la hausse (30%) si les grandes économies mondiales adoptaient des mesures comparables. Partisane de cette révision, Connie Hedegaard s’est heurtée mardi à l’opposition de la France et de l’Allemagne.
Lors d’une conférence de presse tenue ce mardi à Bruxelles, Rainer Brüderle, ministre allemand de l’Economie, et Christian Estrosi, ministre français de l’Industrie, ont rappelé que «l'offre conditionnelle demeure mais nous ne connaissons pas les offres des autres pays. Il est nécessaire de préserver la compétitivité et l'emploi au sein de l'UE et nos entreprises ont besoin d'un cadre clair afin de réaliser leurs investissements de long terme».
La crise que traverse la zone Euro fait craindre aux pays membres une concurrence accrue des pays non contraints à une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Car réduire les émissions représente un budget conséquent pour adapter les industries: la Commission européenne a chiffré le coût de l’adaptation à 70 milliards d’euros pour l’objectif de 20%. Selon les études les plus récentes, la crise aurait permis de réduire ce coût, qui passerait à 48 milliards d’euros, le ralentissement de la croissance entraînant naturellement une baisse des émissions de gaz à effet de serre.
Cet argument n’a pas suffi à convaincre les commissaires allemands, italiens et polonais, fermement opposés à un passage à 30%, ni les industriels européens: «il est impossible pour le secteur manufacturier de réaliser une réduction de 30% en 2020 sans réduction de ses activités et sans supprimer de très nombreux emplois», a averti Eurofer, l'Association européenne de la sidérurgie.
Après l’abandon de la taxe carbone en France, la concurrence est donc encore la raison invoquée pour renoncer à un engagement plus ambitieux pour le climat. A défaut d’un mécanisme de protection aux frontières, sur lequel Bruxelles demeure circonspect, les grandes puissances économiques, Chine, Inde et USA en tête, restent les meneurs des négociations climatiques.
A Cancun, en décembre prochain, un nouvel accord devra être discuté par les Nations unies. Si, à l’image de l’accord de Copenhague, il ne contraint pas les nations à réduire leurs émissions, la tentation de s’aligner sur le moins-disant restera forte. Et l’objectif global de limitation de la hausse des températures à 2°C d’ici 2050 sera d’autant plus dur à atteindre.