Jean Gachassin: «Je crois beaucoup en Tsonga»

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Publié le 25 mai 2010.

ROLAND - GARROS 2010 - A l'occasion des internationaux de France, le président de la Fédération française de tennis revient pour 20minutes.fr sur la formation française et le futur du tennis tricolore...

De nos envoyés spéciaux à Roland-Garros

Dans son bureau superbe qui surplombe le court Philippe Chatrier, Jean Gachassin reçoit et propose d'emblée une tasse de café. «Ou un verre de vin rouge?», lance-t-il, sourire en coin et clin d'oeil appuyé. Pendant de longues minutes, le président de la FFT évoque avec passion la formation des tennismen français. Et son espoir de voir un de ses garçons gagner le French. Entretien un expresso à la main.

«Quand tu regardes le tennis Français, il y a du potentiel partout!» Cette phrase a été prononcée par Roger Federer. Elle doit vous faire plaisir?

Mais nous sommes champions du monde. Le tennis français a une vraie densité à haut niveau grâce à la pyramide clubs-départements-ligue-fédération. Cela demande des moyens énormes. Et on a ces moyens grâce à Roland-Garros. Le tournoi a un chiffre d'affaires de 137 millions d'euros et rapporte 60 millions à la fédé. Un tiers de cette somme est redistribué dans les ligues, les départements et les clubs (15 millions vont vers la DTN). Il y a d'autres fédérations qui copient ce système, on  envoie des responsables de la DTN pour expliquer aux Chinois comment nous fonctionnons.

Pourtant aucun Français n'a gagné un Grand Chelem depuis 1983...

Nous avons une grande lacune. Notre Grand Chelem se joue sur terre battue et 95% des courts sur lesquels s'entraînent les jeunes sont en dur. Dorénavant, je souhaite qu'à chaque fois qu'une Ligue demande de l'argent pour rénover ses terrains, la Fédération lui impose de transformer la moitié de ses courts en terre battue. Et ceci, à un horizon de deux ans. Mais attention. En tant qu'ancien président du club de Bagnères de Bigorre, je sais que l'entretien de la terre battue coûte cher. Les clubs pourront utiliser une terre battue moins cher, le «tout confort».

Le tennis français est réputé pour former des joueurs techniques. Mais l'heure n'est-elle pas à la puissance?

Oui. J'en suis un peu désolé d'ailleurs. Parfois je m'embête devant certains matchs. J'ai été élevé avec des joueurs comme Nastase ou McEnroe. Mais c'est pareil en rugby ou en football où la défense prime. Et les filles? Elles servent à 200 à l'heure. C'est stéréotypé. Il est plus facile d'apprendre à quelqu'un la muscu que la technique.  Parfois, j'aimerais qu'il y ait plus de créativité, d'inspiration.  Aujourd'hui, on gagne les points en misant sur la vitesse de balle et en tapant très fort. Du coup, quand des filles comme Henin ou Clijsters reviennent avec leur talent, elles arrivent à dominer ces filles. Idem avec Federer. Avec lui, on ne s'ennuie jamais, il sait tout faire. Malheureusement, les entraîneurs sont pris dans ce système. En France aussi.

Peut-on créer un champion?

Non. On peut tout faire pour le détecter. Ca, oui. Le créer, non. Car pour atteindre le top, il faut que la tête suive. Et les jambes. Regardez dans tous les sports, combien de fois on se retourne et on se dit: «Qu'est-ce qu'il était doué ce gosse...», «Ah s'il s'était entraîné...». C'est très dur. Si c'était simple, d'un coup de baguette, on ferait des champions. On ne devient pas, on naît champion.


Oui mais le grand public attend une grande victoire d'un joueur français...

Le public veut des résultats. Dans tous les sports. Le tennis français a un paquet de joueurs dans les 100 premiers (11 chez les hommes, 6 chez les filles, ndlr). Ensuite, il faut le déclic. Ils sont pris dans un système de vie. Il faut pouvoir encaisser. A 18 ans, ils deviennent stars, il y a des millions qui tombent. On leur dit: «Allez, viens faire des émissions de télé!» Il faut avoir les pieds sur terre et des parents costauds.

Justement, on a beaucoup reproché au système fédéral d'éloigner les jeunes de leur cellule familiale. Pensez-vous y remédier?

C'est vrai. C'est la raison pour laquelle dorénavant si un jeune ne veut pas aller dans un pôle France, on continuera de l'entraîner dans son club. Il faut continuer à s'en occuper. On donnera un budget à son club et le jeune travaillera avec son entraîneur. Il ne prendra pas trop de retard par rapport à ceux qui sont en fédéral.

S'il y a une densité de joueurs dans le top 100 masculin, le tennis féminin traverse un vrai trou noir...

Nous nous en sommes aperçus. Depuis le retrait d'une génération (Mauresmo, Loit, etc), on ne s'est pas donné les moyens de nos ambitions. Les garçons avaient cinq ou six entraîneurs fédéraux, chez les filles un seul. Aujourd'hui, il y en a autant pour les deux sexes. Mon objectif sur ce mandat est de reprendre en main le tennis féminin.

Le grand défi pour la FFT à l'avenir ne sera-t-il pas de mieux collaborer avec les académies privées comme celles de Mouratoglou ou le Team Lagardère?

Je suis ravi qu'il y en ait un paquet d'académies. Il vaut mieux qu'il y ait des gens qui mettent de l'argent dans le tennis que le contraire. Gasquet, s'il battait Murray, lundi, c'est le tennis français qui gagnait. OK, il est chez Lagardère mais il a bien été dans un club. Et vous avez vu la joie de Rezai (qui s'entraîne dans la structure privée de Patrick Mouratoglou) quand elle a joué en Fed Cup? Les académies sont un complément.

Pensez-vous voir un joueur français remporter Roland-Garros avant la fin de votre mandat?

Les joueurs disent que Monfils peut gagner Roland-Garros. Moi, je crois beaucoup à Tsonga. Et pourquoi pas cette année. Vous savez quand je suis devenu champion de France au rugby j'ai failli perdre en 16e de finale. J'espère que pour Tsonga ça sera le cas.

Propos receuillis par M.Go. et A.P.
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