En attendant Nicolas Sarkozy mardi pour l'inauguration, et les cinq jours de gratuité qui suivront de mercredi à dimanche, quatre cents journalistes du monde entier se presseront ce lundi pour découvrir un nouveau lieu dédié à l'art contemporain, à moins d'une heure et demie de Paris: le Centre Pompidou-Metz. En exclusivité, 20 Minutes a visité l'expo inaugurale «Chefs-d'œuvre?»
«J'en avais marre d'entendre dire qu'il n'y aurait pas de chef-d'œuvre à Metz, explique Laurent Le Bon, directeur du Centre Pompidou-Metz. Cette exposition est une réflexion sur le regard du visiteur, qui fait et défait les chefs-d'œuvre.» 80% des 780 pièces présentées sont issues des collections du Centre Pompidou-Paris. Pour marquer le coup ont été restaurés et sont réunis les trois Bleu de Miró, une première mondiale.
«Notre atout, c'est l'esprit, s'enthousiasme Laurent Le Bon. Nous revenons à l'utopie originelle du Centre Pompidou de 1977: aller chercher de nouveaux publics, rendre l'art d'aujourd'hui accessible.» Comme à Paris, il y a un auditorium, un cinéma, un restaurant gastronomique et un grand parvis, aux mêmes dimensions qu'à Beaubourg, mais incliné différemment. Surtout, le bâtiment conçu par Shigeru Ban et Jean de Gastines permet des expositions uniques en France. Avec ses 5 000 m2, le musée messin pourra accueillir des œuvres trop lourdes ou trop grandes pour son grand frère parisien. Dès sa prochaine expo, Metz accueillera le gigantesque rideau Parade de Picasso, jamais montré en France depuis son dévoilement au théâtre du Châtelet en 1917.
Klein, Giacometti, Pollock, Picasso…
«Nous n'aurons pas que des exclusivités, tempère Laurent le Bon. Mais comme pour des spécialités culinaires, le goût diffère en fonction du lieu où vous les dégustez. A Metz, les œuvres n'auront pas la même saveur.» La vertigineuse charpente en rosaces du bâtiment protège une nef et trois longues «boîtes.» Ces espaces autorisent une scénographie audacieuse où une réplique en tapisserie du Guernica de Picasso se reflète dans un immense miroir suspendu à vingt mètres du sol.
Le clou de l'expo est un long couloir rempli de pièces maîtresses. Les formes féminines généreuses d'une gigantesque Anthropométrie de Klein voisinent avec la maigreur de Femme debout de Giacometti. La majestueuse statue Capricorne de Max Ernst trône entre les éclats de noir et de blanc de Pollock et les pastels éclatants de L'Aubade de Picasso. Après cet alignement étourdissant, place aux maquettes de musées français. En bout de galerie: le Louvre-Lens, autre projet de décentralisation. Son ouverture est prévue pour 2012.