Entre humilité et ambition, tout est une question de mesure. Dévoiler ses forces sans paraître trop arrogant,
montrer que la France est prête à accueillir l’Euro 2016 sans pour autant dénigrer les dossiers adverses. Voilà la tâche à laquelle s’attèlent les cadres de la fédération, à un mois de la désignation du pays hôte de l’Euro. Il y a deux semaines, les représentants de l’UEFA étaient à Paris pour examiner le dossier bleu. L’audition a rassuré Jean-Pierre Escalettes.
Depuis, le président de la FFF est en vadrouille dans toute l’Europe où il joue les VRP, tout en gardant à l’esprit que, face à l’Italie, mais surtout la Turquie, la compétition est loin d’être gagnée.
France: Le choix de l’expérience
En matière d’organisation d’événements sportifs, la France commence bien connaître son sujet. «Nous avons garanti un Euro sans mauvaise surprise», prévient Frédéric Thiriez, le président de la Ligue. Côté transports et capacité d’accueil, la France n’a absolument rien à prouver. Le dossier qui fâche concerne les stades. La vétusté des enceintes du pays (66 ans de moyenne d’âge) aurait pu inquiéter l’UEFA si la France ne s’était pas engagée à rénover huit d’entre elles et d’en faire sortir quatre autres de terre (Bordeaux, Lille,
Lyon, et Nice). Pour l’instant, il s'agit donc d’une candidature sur plans. «Mais quoi qu’il arrive, ces projets ne sont pas euro dépendants, plaide Thiriez. On les fera de toute façon. Et ça, s’est de nature à rassurer l’UEFA.» Nicolas Sarkozy aurait lui-même tenu cette promesse. Le projet s’élèverait à 1,7 milliards d’euros, financés par le biais de partenariats public – privé.
En attendant, l’avancement des travaux a tendance à traîner. Les stades de Nice et Lille se résument à leurs fondations, alors qu’il manque de l’argent pour financer le projet bordelais. «Rien en se fait sans problèmes, concède Escalettes. Il y a encore des obstacles.» Si ces projets ne voient pas le jour, les solutions de repli seraient nombreuses. «L’UEFA nous demande neuf villes. Nous en avons douze. Il y aura donc des gens sur le banc. Si un projet capote, nous serons prêts», note le président de la fédé qui table plutôt sur l’engouement de la population française désireuse, selon lui, de «retrouver au plus vite l’ambiance de la Coupe du monde 98».
Les plus: Infrastructures, culture sportive, savoir-faire en matière d’organisation d’événements, plan de rénovations des stades.
Les moins: Vétusté des stades, première candidature depuis 1998 dans le
football à la différence de l’Italie et la Turquie.
Italie: Rénover sans la ramener
Difficile de fédérer des tifosi
quand la Roma et l’Inter se disputent le titre. En Italie, on supporte un club avant d’encourager la Squadra et se rallier à un projet d’ampleur nationale. Même du côté de la fédération, les promoteurs du dossier la jouent profil bas. Un héritage de 2012, où, présentée comme la grande favorite, l'Italie s’était fait bordurer par la Pologne et l’Ukraine. Cette fois, lors de la visite des représentants de l’UEFA, les Transalpins n’ont pas vendu que du
football. «Nous pensons avoir une valeur ajoutée en raison de notre patrimoine archéologique, nos paysages et notre climat», indique Gianni Letta, sous secrétaire à la présidence du Conseil qui vend aussi une candidature «durable». Voilà le début de l’histoire. Concernant les problèmes de racismes des supporters et l’aménagement des stades, il y a en revanche beaucoup de travail.
L’Italie compte sur sa future loi facilitant la privatisation des stades pour convaincre l’UEFA. La perspective d’organiser l’Euro fait ici office de prétexte idéal pour dépoussiérer les stades vieillissants de Vérone, Cagliari et Bari. Mais aussi pour en construire d’autres, à Turin, Gênes ou Florence. Pour cela, l’Etat promet de s’en sortir avec une enveloppe de 750 millions d’euros, ce qui en fait le dossier le moins onéreux du plateau pour le contribuable. Peut-être le moins ambitieux, également.
Les plus: Dossier durable, héritage sportif, capacité d’accueil, candidature la moins coûteuse.
Les moins: Racisme dans les stades, faible engouement populaire et manque d’assurances concernant la rénovation des stades.
Turquie: La prime à l’acharnement
Un jour peut-être la Turquie organisera son Euro. Ce n’était pas le cas en 2008. Pas plus en 2012. A force de se présenter, l’acharnement finira bien par payer. Au sein du pays, les autorités se montrent toujours aussi concernées. Depuis le début, c’est le premier ministre Erdogan qui défend son produit. «Nous avons fait la promesse de construire six nouveaux stade et j’ai présenté une lettre de garantie de 920 millions d’euros.» Des enceintes de 33.000 à 40.000 places situées pour la plupart dans les villes occidentales du pays (sauf Kayseri).
Dans le pays, l’investissement dépend en grande partie de l’attribution ou non de la compétition. Notamment en ce qui concerne l’aménagement ferroviaire et autoroutier. Un milliards d’euros devraient être débloqués dans un secteur où la Turquie part de loin par rapport à la France et l’Italie. Récemment, la volonté des autorités s’est aussi traduite par des vagues d’arrestations dans le milieu du foot. Trente trois ont été inculpées dans des affaires de matchs truqués. Mais pour la Turquie, l’enjeu de cette candidature dépasse largement le cadre du sport. Offrir l’Euro au pays de Mevlut Erding, c‘est aussi l’intégrer dans l’Europe, alors que celui-ci s'engage de plus en plus dans un processus d’adhésion.
Les plus: Assiduité auprès de l’UEFA avec trois candidatures, fort soutien politique
Les moins: Une candidature sur plans, inexpérience dans l’organisation d’événements, réseau de transports à développer, corruption dans le monde du
football.