Jeudi 15 avril, la direction du festival de Cannes annoncera la sélection des films qui seront projetés pour l’édition 2010. Mais Reuters, Getty, AP et l’AFP ne seront pas là pour consigner l’annonce.
Les quatre agences de presse mondiales ont décidé de boycotter l’événement pour dénoncer les restrictions imposées par les organisateurs sur la couverture vidéo. Et pour dénoncer le flou de ces restrictions, car en réalité, aucune restriction officielle n’a encore été prononcée.
Les agences pourraient se voir contraintes de ne diffuser que deux minutes d’images de Cannes par jour, et seulement 30 secondes de chaque événement. La montée des marches, les conférences de presse: rationnées. Une limitation qui profiterait aux partenaires du festival, Canal+ et la filiale de télévision payante d'Orange, qui auraient signé des contrats d’exclusivité. Mais tout reste au conditionnel, car la direction du festival s’est, jusqu’ici, refusée à affirmer clairement ce qu’elle prévoyait, et dans quelles conditions les journalistes pourraient travailler.
Des deals exclusifs ont toujours existé entre certains organes de presse et certains événements, mais de moindre ampleur: des cérémonies d’inauguration, des avants-premières… Mais Cannes n’a rien à voir.
«Ne pas pouvoir diffuser une conférence de presse de Cannes dans sa totalité, c’est inconcevable pour nous, s’inquiète Philippe Massonnet, directeur de l’information à l'AFP. Ça ne s’est jamais produit à Cannes, un tél événement.» «Nous avons besoin de couvrir cette événement de façon complète, ajoute le directeur de la rédaction de Reuters, Geert De Clercq. De manière générale, nous touchons environ un milliard de personnes à travers tous nos clients. Toutes les grandes chaînes, les grands journaux et les sites s’intéressent à Cannes, et ils sont tous abonnés à Reuters.»
Massonnet remarque que cette histoire d’accord passé avec Canal + et Orange n’est peut-être pas une exception. «Il y a de plus en plus de deals passés. Tout a commencé avec le sport, maintenant c’est Cannes.» En 2006, pour la Coupe du monde de football en Allemagne, la Fifa avait tenté de restreindre la diffusion des photos d'agence – en vain. L’année suivante, avec la Coupe du monde de rugby, la fédération internationale entendait limiter le nombre de photos d'agence diffusables sur Internet. Quelques heures avant le début de la compétition, un accord avait été trouvé. Cette année, pour le Mondial de foot qui se déroulera en Afrique du Sud, il y aura des limites aux diffusions sur mobile.
«C’est pénible pour les agences. Couvrir de tels événements coûte beaucoup d’argent, et de telles restrictions nous empêchent de monétiser la couverture», conclut Masonnet. Cela pèse sur les agences de presse et les affaiblit.
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