Michel Abhervé
Professeur associé à l'université
de Marne-la-Vallée
et responsable d'apprentis.
Pensez-vous que l'objectif gouvernemental de 800 000 jeunes en alternance en 2015 soit réalisable ?
Cela n'est pas irréaliste, mais sous certaines conditions. La première est que cet objectif soit concerté et contractualisé entre les régions et l'Etat. Les grands discours nationaux ne servent à rien, car seules les régions peuvent développer les centres de formation d'apprentis. Deuxième condition : que le secteur public fasse sa part du boulot. Le rapport Hénart est intéressant, mais il n'a pas bougé du tiroir depuis l'automne dernier. Il faut également ouvrir l'apprentissage à tous les secteurs d'activité et ne plus se concentrer uniquement sur les métiers d'artisanat ou techniques. Par exemple, le rendre accessible à l'économie sociale qui compte 10 % des emplois privés.
Que préconisez-vous ?
Cela passe par une adaptation des aides. La taxe sur les salaires dans les associations devrait baisser quand elles embauchent des apprentis. Et ce, au même titre que les entreprises classiques, qui bénéficient d'une réduction de l'impôt sur les sociétés pour le recrutement d'apprentis.
Les différences entre les dispositifs d'alternance sont-ils suffisamment lisibles ?
Non, la confusion entre stage, contrat d'apprentissage et contrat de professionnalisation est totale. Fusionner les deux derniers dispositifs serait souhaitable, mais je n'y crois pas car cela suppose une cogestion entre le patronat et les syndicats. Mieux vaudrait redonner à chaque contrat son objectif initial. A savoir qu'un apprentissage débouche sur un diplôme et une professionnalisation sur une certification.
Faut-il repousser les limites d'âge de l'apprentissage ?
Passer de 26 à 30 ans serait judicieux. Aujourd'hui à 26 ans, beaucoup de jeunes n'ont pas encore stabilisé leur parcours professionnel.
Toutes ces pistes nécessitent
des moyens supplémentaires. Comment faire ?
Il faut rendre à la taxe d'apprentissage sa vocation première. Car actuellement, elle comporte deux parties : une finançant réellement l'apprentissage, l'autre versée aux formations technologiques. Si cette deuxième part revenait à l'apprentissage, on aurait de la marge pour développer ce type de formation. W
Incitations Le dispositif « zéro charge » est étendu à toutes les entreprises (de 11 salariés et plus) embauchant un apprenti d'ici au 30 juin prochain. Celles de moins de cinquante salariés recrutant un apprenti supplémentaire perçoivent une prime de 1 800 €. Pour le recrutement en contrat de professionnalisation d'un jeune de moins de 26 ans n'ayant pas le bac, la prime s'élève à 2 000 €. Ces mesures pourraient être prolongées au-delà du mois de juin. Grand emprunt Cinq cents millions d'euros devraient servir au développement de l'apprentissage. Public Selon les projections du rapport Laurent Hénart, la fonction publique territoriale pourrait accueillir plus de 26 000 alternants par an. La fonction publique d'Etat recevrait près de 12 000 candidats et l'hospitalière environ 10 000 apprentis, dont un peu plus de la moitié de soignants.