«Il faut passer à l’action.» C’est par cette formule qu’Eric Woerth a rejeté le reproche que lui ont fait les syndicats de proposer un calendrier trop serré pour boucler la réforme des retraites. «On en parle depuis des années», a-t-il expliqué. La concertation va se poursuivre avec les partenaires sociaux avec des réunions thématiques jusqu'en mai (sur la pénibilité, l'emploi des seniors, les mécanismes de solidarité pour la retraite, le pilotage du système), puis la préparation d'un «document d'options» du gouvernement sur la table en mai. Eric Woerth a par ailleurs ajouté qu'il allait écrire à toutes les formations politiques «pour élargir la discussion». Des entretiens bilatéraux avec les syndicats de fonctionnaires sont prévus «la semaine prochaine», a-t-il ajouté. «Etre fonctionnaire, ce n'est pas être salarié du privé, il est normal que les règles de retraites ne soient pas exactement les mêmes», a-t-il dit. Le ministre s'est dit ouvert aux propositions des partenaires sociaux, sauf une. «Il y a un sujet sur lequel évidemment le gouvernement n'est pas ouvert, c'est l'augmentation des prélèvements», a-t-il dit. La clé de la réforme, ce n'est pas l'augmentation générale des impôts, parce que ça, c'est la diminution générale du niveau de vie», a-t-il insisté. Thibault: «Les syndicats sont devant le fait accompli» Précédemment, Bernard Thibault avait critiqué le calendrier et la méthode adoptés sur le dossier des retraites, à sa sortie du ministère du travail. Le secrétaire général de la CGT suspecte le gouvernement de vouloir mettre les syndicats «devant le fait accompli» Pour lui, «le gouvernement refuse de créer les conditions d'un vrai débat sur l'avenir des retraites dans notre pays, il joue en quelque sorte la montre avec quelques réunions techniques en attendant la fin du mois de juin». Selon Bernard Thibault, le projet de loi qui devrait être examiné en conseil des ministres début juillet ne sera communiqué aux syndicats qu’«aux alentours du 20 juin». Le secrétaire général de la CGT a «invité l'ensemble des salariés à se mobiliser le 20 avril dans les entreprises», une journée d'action intersyndicale étant prévue ce jour-là, «et surtout, surtout, à organiser un grand 1er mai». Enfin, Bernard Thibault a rappelé que «le maintien du droit de partir en retraite à 60 ans fait partie des dernières libertés des salariés». «Il faudra augmenter la durée du temps de travail» a estimé Jean-François Roubaud après son entretien avec Eric Woerth. Pour le syndicat des patrons de PME, il faut allonger le temps de travail Plus tôt dans l'après-midi, le président de la CGPME, syndicat des patrons de petites et moyennes entreprises, a déclaré qu’«on sait très bien qu’on rentre dans le mur si on ne change rien.»
Jean-François Roubaud a proposé «d’indexer la durée du temps de travail sur l’espérance de vie. Je pense que fixer 42 ans en 2020 paraît une mesure qui pourrait être raisonnable.»
Par ailleurs, le président de la CGPME s’est dit hostile à toute «taxation supplémentaire», tandis que d’autres syndicats proposent de créer de nouveaux prélèvements, notamment sur les stock-options.
La CFTC regrette l'absence de propositions concernant les financements
Sur cette même question, le président de la CFTC, Jacques Voisin, s’est au contraire ému de l’absence de proposition gouvernementale. «On a rien, rien sur la question des financements, rien sur l'élargissement de l'assiette» a-t-il déploré à sa sortie du ministère du Travail.
Jacques Voisin plaide en faveur de «l'élargissement de l'assiette des financements aux revenus du capital» et aux stock-options. Il a par ailleurs évoqué la «taxation des profits non réinvestis». Il a aussi réaffirmé le refus de la CFTC de toucher à la retraite à 60 ans.
Le dirigeant de la CFTC a par ailleurs critiqué, comme ses homologues de FO et de la CFDT, le calendrier décidé par le gouvernement: «Nous avons un agenda assez serré qui risque de ne pas nous permettre d'aller au fond de ce sujet essentiel».
«Un calendrier trop court» selon la CFDT
A la mi-journée, François Chérèque, le dirigeant de la CFDT, avait en effet dénoncé à sa sortie du ministère du travail «un agenda trop court.»
La CFDT n'a «jamais nié qu'il faille rentrer dans un débat pour faire évoluer notre système des retraites», a dit François Chérèque mais «le calendrier que nous propose le gouvernement nous semble trop court pour aller au fond des sujets», a-t-il regretté devant la presse.
Le responsable de la CFDT a par ailleurs souligné son attachement «à l’âge des 60 ans» comme âge légal de départ à la retraite, sous-entendant qu’il n’excluait pas d'envisager un nouvel allongement de la durée de cotisation pour toucher une retraite à taux plein.
Pas d’augmentation des cotisations pour le Medef
Plus tôt dans la matinée, Laurence Parisot a estimé qu’il ne fallait pas «continuer à résoudre la question des retraites par une augmentation régulière des cotisations» patronales ou salariales.
La présidente du Medef a ainsi rejeté une des pistes envisagées pour réduire le déficit de la branche des retraites. Elle n’a toutefois pas précisé quelles étaient les options privilégiées par le syndicat patronal pour garantir la pérennité du système de retraites. Laurence Parisot a simplement cité comme enjeux prioritaires l'objectif de «maintenir le niveau de vie des Français et maintenir la compétitivité du site France et des entreprises françaises».
Un projet de loi examiné début juillet
Premier à s’entretenir avec Eric Woerth ce lundi matin, Jean-Claude Mailly a annoncé que la réforme des retraites fera l’objet d’un projet de loi, qui sera examiné «début juillet» en conseil des ministres.
Avant, un «document d’orientation» comprenant des options sur les réformes possibles devrait voir le jour à la mi-mai. «Un projet plus détaillé» viendrait ensuite «vers la mi-juin», pour établir un projet de loi examiné début juillet en conseil des ministres. Selon ce calendrier, la loi serait «déposée en septembre».
La concertation sur les retraites qui s’engage ce lundi matin est synonyme, selon Jean-Claude Mailly de «début de la confrontation» sur le sujet. Le secrétaire général de FO était le premier à s’entretenir avec Eric Woerth.
Des rencontres bilatérales ont lieu tout au long de ce lundi entre le ministre et des dirigeants syndicaux et patronaux.