Marre des sorcières? Il est grand temps de faire appel à Manman Dlo, l'équivalent d'une sirène. Assez des démons old school? Craignez le Dorlis, un esprit qui abuse des femmes pendant leur sommeil. L'imaginaire antillais repose sur un bestiaire suffisamment varié pour fournir de la matière aux histoires, comme dans L'Orphelin de Cocoyer Grands-Bois, premier tome d' «Encyclomerveille d'un tueur» (éd. Delcourt), scénarisé par le Goncourt Patrick Chamoiseau.
«La plupart des romans antillais ont comme point commun l'intrusion de la magie et du quimbois [le vaudou local], raconte Thierry Ségur, dessinateur d'"Encyclomerveille". Ce serait dramatique de ne pas exploiter cette mythologie fantastique, ancrée dans les îles.» La BD raconte le destin d'un enfant confié à un fossoyeur. Dans le cimetière, les créatures se manifestent dans tous leurs états, des zombies au Ti-Sapotille, personnage pleurant au bord de la route qui demande à être porté et qui grandit sur les épaules de sa victime jusqu'à l'écraser. Des êtres surnaturels que Joël Cimarrón, auteur du Couteau-Chien, rencontre à 7 ans: «J'avais quitté mon HLM de Montreuil pour habiter chez ma grand-mère en Martinique, en pleine nature.» C'est là qu'il a découvert les contes antillais.
A l'image du Barbe Bleue et Compè Lapin (éd. Karibencyla) qu'il a aussi illustré, le merveilleux créole se situe à la croisée des cultures. Comme le souligne Thierry Ségur, cet imaginaire, c'est d'abord un conglomérat de merveilles, le fruit des migrations, des fracas de l'esclavage et de la traite négrière. Loin des princesses et des dragons, il propose une autre poésie.»