Pourquoi une adaptation de la trilogie de Fleurville de la Comtesse de Ségur?
L’œuvre de la Comtesse de Ségur a très bien survécu. Elle comporte des caractéristiques d’universalité qui la rendent particulière. J’ai voulu m’y intéresser, aussi bien pour des raisons de style que pour des raisons de thème.
Justement, quels sont les thèmes des Petites filles modèles, le premier tome de la trilogie, que l’on retrouve aujourd’hui?
La Comtesse de Ségur est parvenue à dépeindre une enfance, un univers qui émerveille à la manière des contes de fées, qui parlent d’abondance, de famille. Ces sujets intéressent toujours les enfants. Certes, tout ce qui a trait à la morale religieuse dans les romans d’origine est désuet. Mais la notion de morale était intéressante à conserver. Je me suis donc posé la question: sommes-nous dans un monde dépourvu de morale? Non, heureusement. Alors, quel est son équivalent ? Je n’ai pas recherché l’identique. Quelle serait la doxa d’aujourd’hui pour ainsi dire.
Quelle est-elle?
Au milieu de toutes ces valeurs montantes, comme l’écologie par exemple, il m’a semblé que l’époque actuelle est en attente de morale. Surtout, après une période de grand libéralisme. Je crois que la notion de responsabilité est importante. Elle existait déjà dans les livres de la Comtesse de Ségur. Elle est encore très présente à notre époque. On l’observe dans les rapports entre les pays du nord et les pays du sud, entre l’homme et la nature. La responsabilité est une notion transversale. Françoise Dolto l’a aussi beaucoup théorisée en psychanalyse. L’idée que les enfants font leurs expériences par eux-mêmes. On laisse peu à peu la didactique et le théorique de côté au profit de la responsabilité.
Quelles ont été les difficultés d’adaptation d’un point de vue formel?
Au départ, je me suis livrée à une analyse littéraire de la Comtesse de Ségur. Ensuite, je l’ai adaptée avec mon propre style. Je n’ai pas cherché à copier, ce n’était pas mon propos. Par contre, j’ai repris un procédé: les dialogues en forme théâtrale. C’est extrêmement efficace d’un point de vue narratif, surtout pour les enfants. Mais je me suis aussi permis des libertés. Je ne voulais pas simplement reprendre les histoires et les mettre dans un univers contemporain. Je voulais développer la psychologie des personnages. Apporter de nouvelles trames. J’en ai évidemment conservées, les maltraitances de Sophie notamment. Mais je ne me suis pas posé de limites. C’est pourquoi, j’ai écrit cinq tomes et non trois.