La croisade anti-américaine du kop de Liverpool

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Publié le 17 mars 2010.

FOOTBALL - Chez les supporters des Reds souffle un vent de contestation...

De notre envoyé spécial à Liverpool,

Sur les rives de la Mersey, on ne transige pas avec la légende. Dans un club où chaque semaine, trois ou quatre supporters en moyenne voient leurs cendres dispersées sur la pelouse d'Anfield, mythique stade rectangulaire à l'anglaise, la politique des propriétaires américains des Reds passe mal, très mal. Tom Hicks et George Gillett, les patrons américains depuis 2007, sont la cible du peuple de Liverpool. Ils sont accusés de vouloir faire construire un nouveau stade «en forme de bol comme on en voit partout en Angleterre», tout en «chargeant le club de rembourser la dette contractée pour l'achat du club lui-même (350 millions de livres)», accuse l'un des nombreux groupes qui fleurissent sur Facebook ces derniers mois.

Forcément, c'est le genre de démarche qui a tendance à crisper le peuple rouge. Il y a quelques semaines, près de 300 fans ont attendu le duo US à la sortie d'Anfield après une victoire contre Chelsea. Dans le calme, mais avec un mot d'ordre: «Thanks but no Yanks» (Merci mais pas d'Américains). Le slogan marche tellement fort que des écharpes sont même vendues un peu partout en ville avec cette phrase choc.

Benitez épargné

Les leaders de la contestation sont regroupés dans une association depuis janvier 2008, le Spirit Of  Shankly (SOS), en référence à Bill Shankly, le légendaire manager des Reds. Pas besoin de sonner à leur porte pour avoir leur point de vue: la colère se ramasse à même la rue. «C'est un manque de respect envers nous et envers le club. Ces gars-là sont venus pour faire du fric. Le pire, c'est qu'ils n'en donnent pas du tout au club», s'énerve Stuart, rouquin de 32 ans habillé aux couleurs de son club de la tête aux pieds.

Mais la pression finit par payer. George Gillett, interpellé par le porte-parole du SOS il y a trois semaines, a avoué qu'il était prêt «à vendre (ses) parts», allant même jusqu'à annoncer qu'il avait reçu «quelques marques d'intérêts». Forcément, la situation se tend d'autant plus que les résultats ne sont pas là. Cinquièmes de la Premier League avec un match en plus que ses concurrents, Liverpool est très loin d'être assuré de participer à la prochaine Ligue des Champions. Pourtant, Rafael Benitez reste particulièrement apprécié jusqu'au plus profond du kop. C'est cet appui qui lui permet de tenir encore fermement les commandes. «La chose la plus importante, c'est le club», expliquait le coach mercredi. Sous-entendu: son cas personnel pèse moins lourd que le maillot rouge.

«Ces gars là tuent l'esprit du club»

L'Espagnol se permet même de tenir tête aux proprios américains. «Je suis inquiet, non pas à cause d'une mauvaise saison, mais pour l'avenir du club. Les gens qui viendront doivent être les personnes idoines pour ce club», balançait Benitez dans le Liverpool Echo la semaine passée. Ces sorties là lui valent un soutien sans faille à Anfield. «Benitez a raison de critiquer les dirigeants. Ces gars-là tuent l'esprit du club», s'emporte Phil, autre fan excédé, croisé dans le musée du club. Ironie de l'histoire, la holding fondée par Hicks et Gillett pour acheter le club s'appelle Kop Football. Aujourd'hui, c'est le kop qui veut les mettre dehors.
Antoine Maes
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