Ignorés les seniors? Au contraire, les DRH ne s’en sont jamais autant préoccupés. Et pour cause, les entreprises de plus de cinquante salariés avaient jusqu’au 31 janvier dernier pour répondre aux obligations gouvernementales. A savoir être couvertes par un accord (d’entreprise ou de branche) ou un plan d’action en faveur des salariés âgés. Sinon, elles devaient passer à la caisse en s’acquittant d’une pénalité correspondant à 1%de leur masse salariale. Voilà pour la théorie. Car en pratique, le scénario a subi des modifications. D’abord, les entreprises de moins de trois cents salariés, non couvertes par un accord de branche, ont obtenu trois mois de délai supplémentaires pour négocier. Elles ont donc jusqu’au 30 avril pour statuer sur le sort de leurs seniors. Ensuite, certes plus de 10000 entreprises ont finalisé un dispositif en faveur de l’emploi des plus de 55 ans, et plus de quatre-vingts accords de branche ont été conclus, couvrant au total les trois quarts des salariés du privé, mais tous ne se valent pas.« Pressés par l’échéance, certains employeurs ont ficelé des accords à minima, sans obligation de résultats », déplore Mijo Isabey, responsable de l’activité retraite et conseillère confédérale CGT.
Des ambitions limitées
En effet, le décret d’application enjoint les entreprises de se fixer librement des objectifs dans au moins trois des six domaines (recrutement de seniors, conditions de travail, formation, anticipations des évolutions de carrière, transmission des compétences, aménagements des fins de carrière). Ainsi se retrouve-t-on avec des accords édulcorés. «Dans son accord senior, Darty s’engage à faire passer le taux d’emploi des plus de 55 ans de 6,13% à 6,3%. Auchan se montre un chouïa plus ambitieux en visant un taux de 6,71% d’ici à 3 ans, en partant de 6,1%», souligne l’enquête comparant quinze accords publiés sur le site www.miroirsocial.com. «Parmi les accords présentés au ministère, il y a une faiblesse sur la question de l’aménagement des fins de carrière et davantage d’efforts sur le tutorat», indiquait Laurent Wauquiez, le secrétaire d’Etat à l’Emploi lors de sa visite au salon du recrutement dédié aux seniors. Mais comment faire pour que les entreprises s’emparent réellement du sujet alors que, réforme des retraites oblige, les Français vont de toute façon devoir travailler plus longtemps? «Je ne vais pas envoyer les inspecteurs du travail dans trois mois», a déclaré Laurent Wauquiez souhaitant que les employeurs prennent conscience de l’intérêt de garder leurs seniors. Toutefois, François Fillon indique que si les entreprises n’agissent pas pour redresser le taux d’emploi des salariés âgés, le gouvernement prendra «si besoin» de nouvelles mesures en évoquant un «bonus malus sur les cotisations sociales».