Tout sourire! Le 2 février dernier, c’était l’heure des réconciliations entre la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Pécresse, Yazid Sabeg, haut-commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, Pierre Tapie, président de la Conférence des grandes écoles (CGE) et Paul Jacquet, président de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI). En effet, après de vifs échanges au cours des semaines précédentes, tous ont paraphé la charte pour l’égalité des chances dans l’accès aux formations d’excellence. L’objectif étant d’accueillir 30%de boursiers (contre 23%actuellement à la CGE) au sein de chacune des grandes écoles de management et d’ingénieur françaises. Pour y parvenir, une série de bonnes intentions sont stipulées. Exemple: 100% des grandes écoles devront participer aux«cordées de la réussite» d’ici à la rentrée 2011. Ces partenariats permettent de repérer les meilleurs élèves des lycées de quartiers pauvres et de leur apporter tutorat et accompagnement personnalisé. En 2010, 150 cordées supplémentaires seront créées, soit un total de plus 250 en deux ans. L’objectif est d’atteindre les 300 cordéesen2011. Cette année, l’Etat va investir 5 millions d’euros dans ce dispositif. Un gage d’efficacité? Difficile de savoir car, pour l’heure, aucune information n’est disponible sur le taux d’accès aux grandes écoles des jeunes coachés. Quelques exceptions, comme l’Essec, pionnière sur le sujet en 2003 avec son programme «une grande école, pourquoi pas moi?», décompte que 97% des jeunes tutorés en 2003 se sont lancé dans des études longues.
Une multitude de leviers d’action
A travers cette convention, les signataires s’engagent aussi à augmenter le nombre de places en apprentissage dans les filières déjà ouvertes, et à favoriser l’ouverture de nouvelles filières. Les étudiants boursiers sont désormais dispensés de frais de concours. En revanche, rien de précis sur la révision du contenu même des concours, dont certaines épreuves sont jugées socialement discriminatoires. Les inspections générales des ministères de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur les passent au crible actuellement. Enfin, de nouvelles classes préparatoires spéciales «filières technologiques» vont être créées. Et les voies d’accès des bacheliers technologiques aux grandes écoles vont se multiplier: soit directement après le bac, soit après une classe préparatoire. En revanche, la convention ne stipule pas de sanctions pour les établissements qui ne respecteront pas ces engagements. Tout juste apprend-on la création d’un comité de pilotage et de suivi qui se réunira… «au moins deux fois par an». Il va donc falloir faire preuve d’un peu de patience.
LA PREUVE PAR L’EXEMPLE
Entre passer une page de pub et accorder une bourse à un étudiant, Denis Lapert n’hésite pas. « Nous sommes une école de commerce publique à mission et vocation sociales », prévient le directeur de Télécoms école de management (Paris). Bilan, 28 % de boursiers ont été accueilli à la rentrée 2009. Pour y parvenir, point de concours au rabais ou de discrimination positive en faveur d’élèves moins fortunés. Non, avant tout, Denis Lapert a pris le parti de baisser la barre d’admissibilité à son école. « Ainsi, le jury rencontre davantage de candidats pour passer un oral. Notamment des jeunes dont les personnalités semblent intéressantes, mais qui n’ont pas nécessairement de facilités à l’écrit ». Ensuite, le directeur n’hésite pas à détailler les mesures sociales de l’école: extension du système de bourses, mise en place d’un fonds social, aide au logement et à la restauration, aide financière pour un stage à l’étranger, prêt de PC portable, gratuité des ouvrages pédagogiques… Des coups de pouce qui ne laissent pas insensibles les candidats aux concours.