Ces statistiques portant sur la nationalité des citoyens et le pays de naissance de leurs parents, peuvent elles être utiles pour lutter contre les discriminations en entreprise?
Les employeurs n’en veulent pas car ils craignent de devoir refléter la structure de la population nationale au sein de leur effectif. Même si le mot n’est jamais employé dans le rapport Héran, cela reviendrait à une politique de quotas par type de population.
N’est-ce pas un prétexte pour ne rien faire?
Au contraire, les employeurs sont en attente d’études qui feraient converger les origines sociales et les origines ethniques. L’important pour eux est de lutter contre les inégalités sociales.
Que pensez-vous du projet d’un observatoire national des discriminations placé sous l’égide de la Halde?
C’est très intéressant car cela permettrait d’avoir des données fiables recueillies rigoureusement par des experts. Je regrette juste qu’il ne soit pas prévu de détruire les fichiers, comme à l’issue des recherches, afin d’éviter d’éventuelles dérives.
Lesquelles craignez-vous?
Prenons l’exemple d’une entreprise qui, après étude, emploierait 10% de salariés d’origine étrangère. Un nouveau patron, moins enclin à la diversité, pourrait se servir de ces données pour se séparer prioritairement des salariés étrangers. Les entreprises n’ont pas sous-estimé ce terrain glissant.
Que préconisez-vous pour lutter contre les discriminations en entreprise?
Se concentrer sur les processus de discriminations en utilisant les outils actuels encore très largement inexploités. Notamment le CV anonyme, les testing, l’accélération des procès en discrimination, les pouvoirs renforcés de la Halde et le développement des assessment center permettant d’apprécier un candidat sur ses seules compétences.