Louis Schweitzer : «83% des Français approuvent l'action de la haute autorité»

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Publié le 16 mars 2010.

INTERVIEW - L'ancien président de la Halde dresse un état des lieux de la discrimination en France...

A la fin de votre mandat, avez-vous le sentiment du devoir accompli?

La Halde a démontré sa capacité à agir contre les discriminations et a aidé les entreprises à changer de comportement. D’ailleurs, le taux de notoriété de l’institution est de 54 %, et 83 % des Français approuvent son action. Mais, par définition, sa mission ne sera jamais achevée.

 

Quelles sont vos déceptions?

La Halde pourrait être plus efficace si elle disposait de davantage de moyens. Et si nous avons réussi à mobiliser les grands groupes sur les questions de discrimination, nous y sommes moins bien parvenus avec les PME. Enfin, les partenaires sociaux doivent faire de ce sujet un thème de négociation, car ce n’est pas encore suffisamment le cas.

 

Regrettez-vous votre testing de 2008 sur les discriminations à l’embauche, qui a été très contesté?

Non. Et d’ailleurs il y en aurait eu d’autres si notre budget avait été supérieur. Grâce à cette démarche, nous avons créé une dynamique dans les grands groupes qui sont désormais beaucoup plus nombreux à pratiquer l’autotesting pour vérifier leurs procédures de recrutement.

 

Votre prochain rapport annuel démontre-t-il une progression de vos actions?

Oui, car le nombre de réclamations reçues a augmenté de 21% (soit 10.545).

 

Mais seulement une sur cinq donnent lieu à une instruction. Comment améliorer ce point?

C’est impossible car les personnes qui nous contactent considèrent toute injustice comme une discrimination alors que, juridiquement, cela n’est pas le cas. C’est pourquoi 70% des réclamations ne donnent pas lieu à une instruction car elles ne présentent pas d’éléments solides. Nous réorientons aussi 10 % des dossiers ne relevant pas de nos compétences vers d’autres instances.

 

Et comment parvenir à davantage de décisions de justice?

C’est déjà le cas, car 212 dossiers ont fait l’objet d’interventions devant les tribunaux civils ou administratifs en 2009 contre 64 en 2008, soit une augmentation de 200 %. C’est la voie de l’avenir. Par ailleurs, 79% de nos observations sont suivies par les juges, ce qui prouve que notre avis est entendu.

 

Nicolas Sarkozy avait promis de vous autoriser à faire des visites inopinées dans les entreprises. Vous attendez toujours…

En effet, cette proposition n’a pas dû susciter l’enthousiasme des entreprises… Elle est pourtant essentielle par son effet dissuasif et pour éviter que des preuves ne soient détruites.

 

Le récent rapport Héran suggère la création d’un observatoire des discriminations qui serait piloté par la Halde, qu’en pensez-vous?

Elle est excellente. Mais si cette mission nous est confiée, il faudra nous donner plus de moyens.

 

Justement, le budget de la Halde était sur la sellette en 2009. Comment envisagez-vous l’avenir?

Nous allons entamer des discussions sur son budget pour les trois années à venir et nous espérons des moyens supplémentaires. Car, pour exemple, ceux de notre homologue britannique sont près de sept fois supérieurs.

 

Quelle feuille de route laissez-vous à votre successeur?

Il définira ses priorités, mais je pense qu’il faut encore faire progresser la notoriété de l’institution et sa capacité à traiter les réclamations. Et inviter les PME à s’engager davantage dans la lutte contre les discriminations.


Propos recueillis par D. B.
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