L'histoire et la fiction n'ont pas fini de débattre. Ce soir, c'est avec sa caméra, que Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah et du Rapport Karski, diffusé demain à 22 h 05 sur Arte, répond à l'écrivain Yannick Haennel. Les deux hommes se sont jusqu'ici affrontés par journaux interposés. Car en septembre, Haennel publiait Jan Karski. Il y relatait, sous forme de fiction, le parcours d'un personnage réel, Jan Karski. Ce Polonais avait, en 1942 et 1943, tenté en vain d'alerter les Alliés sur le sort réservé aux Juifs. Il s'était notamment entretenu avec le président américain Roosevelt. Cet entretien est raconté par Haennel dans son livre de manière à pointer l'indifférence des Alliés au génocide. Mais, voilà, le récit ne correspond, selon Lanzmann en rien à la réalité. « Il fait de Roosevelt un paralytique lubrique, assoupi, explique-t-il. Je ne pouvais pas, ne pas réagir. »
Lors de la préparation de Shoah, Lanzmann avait rencontré, pendant, deux journées, Yan Karski. Qui lui avait notamment raconté son entrevue avec Roosevelt. Il a donc décidé de remonter ses séquences et d'en faire un film, Le rapport Karski. « Si je me suis intéressé à ce projet c'est parce que je suis un ami de Lanzmann depuis 25 ans », reconnaît Jérôme Clément, le président d'Arte France. Reste que ce film vaut, pour lui, bien au-delà de la querelle : « Il y a une vraie portée philosophique dans le récit de Karski. » Au moins la polémique aura engendré une œuvre.Alice Coffin