La pièce maîtresse ? Ni un tableau, ni une sculpture. Une guillotine de 1872 qui trône sous un voile noir. « Elle incarne à la fois le crime et le châtiment, explique Jean Clair, commissaire de l'exposition éponyme au musée d'Orsay. A partir de cet objet terrible, nous racontons l'histoire du statut de la criminalité depuis la Révolution. » Imaginée par Robert Badinter, père de l'abolition de la peine de mort en France, l'expo mêle coupures de presse à sensations, moulages de têtes de décapités et tableaux de maîtres. « Dans n'importe quel musée, plus de la moitié des œuvres traitent du crime », note Jean Clair, qui n'a eu que l'embarras du choix. D'Edgar Degas à Picasso, d'Andy Wahrol à David Lynch.
Une fascination pour la violence
Tout comme ces artistes, l'exposition effleure le voyeurisme et la fascination pour le viol, le meurtre ou la justice sanglante. A commencer par son affiche : des membres découpés, peints par Géricault. « Pour oser montrer une chose pareille dans le métro, il fallait que ce soit extraordinairement bien peint, se défend Jean Clair. Comme disait Platon, nous sommes invinciblement attirés par la volupté de l'horreur. »
La dimension érotique du crime est ainsi largement explorée. Si la totalité des artistes exposés sont des hommes, la figure féminine reste centrale : « La mère infanticide ou l'amante cruelle, ses figures passionnaient le public, et les artistes les ont souvent chargées d'une dimension biblique ou symbolique. Belle, aristocrate et vierge, Charlotte Corday réalise pour eux un crime sacrificiel quand elle assassine Marat. Elle a obnubilé les peintres pendant deux siècles, de David à Munch. »