Sans voix depuis la sortie d'un dernier album en 1995, invisible à la télévision depuis un bref passage en 2003, Jean Ferrat était toujours présent dans le cœur des Français. L'émotion suscitée par son décès, samedi à Aubenas, dépasse la seule nostalgie d'une génération qui a connu Brel-Brassens-Ferré.
Pour Gérard Mermet, sociologue, auteur de Francoscopie 2010 (éd. Larousse), «Ferrat représente un engagement par la poésie, une révolte tranquille et généreuse qui n'existe plus. Les Français semblent attendre ça dans le débat politique mais ne trouvent plus que des tribuns qui s'étripent les uns les autres.»
Son œuvre trouve aussi écho chez de jeunes artistes. Ferrat affirmait en 2003, dans une interview accordée au quotidien Sud Ouest, se reconnaître dans les chansons militantes de certains et même chez «les p'tits rappeurs, dont souvent la forme me déplaît fortement, mais qui sont aussi dans la contestation». Le rappeur Akhenaton, contacté par 20 minutes.fr, juge Ferrat, comme «une des racines du rap français» autant que le symbole d'une époque «où on pouvait avoir du succès avec des chansons engagées». Et le leader d'IAM de voir là le symptôme d'«un appauvrisemment culturel».
Moins lyriques, les internautes ont créé des centaines de pages en hommage à Ferrat sur Facebook. Dont «Ferrat au Panthéon!», «Ceux qui écoutaient Ferrat dans la Renault 16 de papa» ou «Ma France comme hymne national». Vous lui avez aussi rendu hommage sur 20minutes.fr ici.
La Montagne, Ma France ou Aimer à perdre la raison... Tous ces tubes sont réunis sur une excellente compilation parue en 2001. Pour dénicher de petits bijoux méconnus comme Une femme honnête, Un cheval fou dans un grand magasin ou Le chef de gare est amoureux, ça commence à se corser. Une réédition intégrale est toutefois prévue pour 2011.