Coup de théâtre hier aux assises d'Albi. La septième journée d'audience du procès en appel de Jacques Viguier avait pourtant débuté mollement. Dans la matinée, la cour a fouillé l'emploi du temps du professeur de droit le jour de la disparition de sa femme et remarqué son peu d'entrain pour la rechercher.
Le tournant de la journée s'est produit lors de l'audition d'un des témoins clés de cette affaire, Séverine, l'une des baby-sitters du couple. Cette dernière n'est autre que la belle-sœur du frère d'Olivier Durandet, l'amant de Susi, celle qui dit avoir découvert des traces de sang dans la baignoire le lendemain de la disparition.
Une baby-sitter en sanglots
«Mais vous n'allez en parler qu'à votre troisième audition devant la police», s'étonne Éric Dupond-Moretti. L'avocat de Jacques Viguier la pousse alors dans ses retranchements. «Vous êtes sous serment… Durandet vous accompagnait-il?» «Non, pas dans la maison, il était dans la voiture, je pense qu'il n'est pas rentré», répond-elle dans un sanglot. Une question plus tard, elle craque: «Il est rentré, mais il est resté avec moi», finit-elle par avouer.
Ils vont fouiller les lieux, à la recherche d'indices, tels des enquêteurs. «Pourquoi ne pas l'avoir dit avant», s'étonne le président Richiardi. «Il m'a demandé de ne pas le dire, Olivier avait peur qu'on dise qu'il avait amené des choses. Enfin c'est pas vraiment ça… Il avait peur que cela ait des conséquences sur l'enquête», bafouille-t-elle, avant un ultime aveu, «cela ne s'est pas passé le lundi, mais le mardi».
Ce faux témoignage avoué vient soutenir la thèse de la défense selon laquelle l'amant devient un suspect possible. Au point que Jacques Lévy, autre avocat de l'accusé, n'hésite pas à lancer à l'ancienne baby-sitter: «Je suis sûr que les traces de sang, ce n'est pas de vous. Ce n'est pas de Durandet? » Sur le banc des parties civiles, ce revirement n'est pas minoré. «Mais cela ne change rien à la réalité objective du dossier. Est-ce que Durandet peut être coupable du meurtre de Susi? La réponse est non», tranche Guy Debuisson, l'avocat d'Hélène, la sœur de Susi.
Hier soir, Séverine était placée en garde à vue pour s'expliquersur sa rencontre avec Olivier Durandet. Ce dernier, interpellé dans la soirée à son domicile, a aussi été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour subornation de témoins. Il avait été aperçu en compagnie de témoins en début de semaine à Albi alors qu'il lui était interdit de les voir avant son témoignage prévu lundi.