Le boulot d'une femme « solo » n'est pas toujours rigolo. Il faut bosser mais être moins payé, avoir de l'ambition mais plafonner. C'est rageant. A côté d'elle, la femme « réseau » a la pêche. Cette adepte de l'entraide et du coup de pouce a décidé de jouer les cartes longtemps usées par des mains d'hommes. Sans rancœur mais avec conviction : aux problèmes spécifiques, réponses spécifiques. Les cercles féminins ont la cote, on en recense trois cents en ne cherchant que les plus visibles. « Le parcours professionnel des femmes est plus cyclique que celui des hommes. Elle font des pauses, cherchent à concilier vie professionnelle et vie privée à un moment où la parité n'existe pas », explique Emmanuelle Gagliardi, auteur du Guide des clubs et réseaux au féminin. « Elles se croient seules, mais leurs questions sont communes. Elles comprennent de plus en plus l'intérêt de faire changer les mentalités ensemble. »
L'inertie du système
Briser le plafond de verre, qui désigne le moindre accès des femmes à des responsabilités supérieures, est le premier « objectif Lune » des réseaux. Surtout au GEF, le réseau des grandes écoles au féminin (Centrale, ENA, Essec, HEC…), où l'inertie du système actuel en lasserait presque sa présidente, Clarisse Reille. « Les écarts de salaire commencent dès la troisième année d'embauche », dit-elle, « c'est dû aux femmes qui ne négocient pas assez leur salaire ou leur promotion, mais ce sont aussi les critères d'évaluation en entreprise qui favorisent le temps passé sur place plutôt que les résultats concrets ». Plan d'action en dix points, études d'opinion avec Ipsos, lobby en faveur des quotas, confrontation avec les plus grands PDG au cours de petits déjeuners…, le GEF veut poser ses arguments avec plus de raison que de passion. « On aide autant les femmes que les hommes à prendre conscience des incohérences. »
La femme « réseau » a plus d'assurance et de bons plans que sa collègue « solo ». « On constate trois ressorts principaux dans les réseaux de femmes : l'entraide, le mentoring, et l'exemplarité », constate Valérie March, du site placedesreseaux.com. Elle évoque toutes sortes de rencontres, coaching et autres aides au financement. « Les réseaux sont des accélérateurs de carrière. Ils permettent de développer ses contacts, la confiance en soi, son chiffre d'affaires ou ses perspectives d'évolution. »
Convivialité et efficacité
Dans l'entrepreunariat, la femme « réseau » peut développer ses projets au nez et à la frange des solos. Céline Fénié, fondatrice du réseau des « Mompreneurs », le réseau des femmes mères et entrepreneurs, confirme l'utilité business d'un cercle d'adhérentes motivées. « Lors de nos rencontres mensuelles (les « Mamcafés »), on parle de tout, mais à 80 % de boulot. On allie convivialité et efficacité. » Deux cents membres du réseau ont développé un catalogue commun en ligne, des blogs de conseils, et se sont donné rendez-vous en juin pour un méga « Mamcafé ». Miam.
La femme solo est K.-O. Elle regarde autour d'elle et découvre qu'il n'y pas un homme solo à l'horizon. Fichtre, ils sont donc tous en réseau ? W