« Témoigner d'une douleur. » Telle est l'ambition du dernier roman du Toulousain d'adoption Pascal Dessaint qui, avec Les Derniers ours d'un homme*, évoque une nouvelle fois le thème de la menace industrielle. Cette fois, il ne s'agit ni d'AZF, ni de Toulouse. L'écrivain renoue avec son Nord-Pas-de-Calais natal, ébranlé en 2003 par la fermeture de l'usine Metaleurop de Noyelles-Godault. Bien vite, la région et le pays tout entier ont mis une chape de plomb sur les centaines de chômeurs abandonnés, les cancers douteux, et plus grave encore, le saturnisme qui ronge la santé de milliers d'enfants. Quinze ans après ce scandale social et sanitaire sans précédent, l‘héroïne du roman, Judith, tente de remonter le temps pour faire la lumière sur la mort de son père.
Noirceur et misère de la vie ouvrière
« On est dans le roman noir, social, dans ce qu'il a de plus en plus nécessaire », assure l'écrivain, qui évite l'écueil de l'enquête polémiste. « Ce n'est pas mon rôle, je n'ai fait que transposer ». On en ressort abasourdi par la misère et la noirceur de ces vies ouvrières du XXIe siècle. Viscéralement attaché à sa « terre », Pascal Dessaint assume un certain misérabilisme. « A trop vouloir redorer le blason du Nord, on aimerait ne plus parler de tout ça. ».