De notre envoyé spécial à Vancouver
Mathieu Bozzetto, qui dispute le Géant parallèle samedi, a une relation particulière avec JO. Toujours placé, jamais médaillé, l’ancien du groupe des snowboarders a décidé de désacraliser le mythe des JO. Et ça dézingue…
Les JO, c’est très particulier. Pour celui qui gagne, c’est le graal, pour celui qui ne gagne pas, c’est une course d’un jour. On a un challenge à réussir. On a un jour, pas cinq jours. Ce jour-là, il faut que tout soit réuni, qu’on soit en super forme. Tant mieux si ça marche et tant pis si ça ne marche. Il y a quatre ans, ça aurait été dur de ne pas gagner. Je m’efforce seulement d’arriver tranquille, le plus décontracté possible. Je ne suis pas favori, je suis un outsider. J’aimerais juste faire un petit coup de Trafalgar. Je n’ai pas eu de supers entraînements, je ne suis pas en super forme, je ne suis même pas énervé.
Cette semaine, on a entendu Julien Lizeroux dire: «Il y a moins de niveau aux JO qu’à une Coupe du monde.» Qu’en pensez-vous?
Quelque part, c’est bien car il désacralise. La presse n’est vraiment pas au faîte de ce qui se passe dans le sport international. Elle est là pour valoriser un événement dans lequel on met énormément d’argent. Le niveau des JO est largement moins bon que celui d’une Coupe du monde mais c’est un événement. Lizeroux est suffisamment intelligent pour arriver à prendre du recul dès ses premiers JO. Moi je me suis brûlé les ailes. Je ne vais pas accuser la presse des dires des conneries, juste d’être mené par une spirale. Le mot olympique brille, on met un paquet de milliards, un paquet de feux d’artifice, ça entraîne tout le monde.
Vous êtes quand même revenu pour les disputer…
Je viens de Val d’Isère. Dans mon enfance, c’est surtout la Coupe du monde qui me parle. Mais la Coupe du monde, je l’ai gagnée sept fois. Oui, je suis revenu pour les Jeux. Ca reste un événement super joli. Ca brille, c’est plein de paillettes. Mais bon il faut relativiser. Il y a quelques jours, j’ai entendu un athlète français qui a gagné le slalom olympique en 2002. J’ai été très déçu. Il parlait de sa victoire et il disait que le champion olympique est LE grand champion du sport. C’est normal parce que ce mec-là, il a terminé une seule fois en haut d’un podium. Il ne peut pas dire: «J’ai gagné un titre de merde.»
Je n’ai pas vu grand-chose encore. L’organisation est assez bonne. La sécurité est beaucoup plus légère qu’à Salt Lake City. C’était 100 fois plus dur qu’ici. C’est normal, on venait de prendre un attentat (le 11 septembre, ndlr). Et puis les Canadiens adorent le sport. On s’est entraîné cette semaine à Apex. On est vraiment passé là-bas pour des stars. C’est pommé au fin fond du Canada. Et les Canadiens, même quand ils voient des Français, ils sont à fond. J’ai reçu aujourd’hui des mails de gens que j’avais rencontré là-bas. J’étais estomaqué.