CULTURE - Alors que les Beaux-Arts l'avaient décrochée car jugée trop politique, Bertrand Delanoë propose de l'exposer au Centquatre...
L’artiste Ko Siu Lan change de toit. Alors que
l'Ecole des Beaux-arts a
décroché mercredi son oeuvre détournant le slogan du candidat Nicolas Sarkozy «travailler plus pour gagner plus», le maire de Paris Bertrand Delanoë a proposé vendredi d’exposer l’œuvre litigieuse au
Centquatre.
«Censure»
Mercredi, l’école des Beaux-Arts avait jugé que l’œuvre de l’artiste chinoise pouvait porter «atteinte à la neutralité du service public». L'artiste Ko Siu Lan, 32 ans avait alerté les médias, dénonçant une «censure très brutale, sans discussion». L'œuvre se compose de deux grandes bannières noires sur lesquelles sont inscrits en blanc les mots «gagner», «moins», «plus» et «travailler». Selon l'endroit où il se trouvait, le passant devait pouvoir lire «gagner plus» ou «travailler moins».
«Cette censure objective est particulièrement inquiétante car elle remet en cause le rôle et la légitime expression des artistes dans la cité et dans notre vie collective, s’émeut Bertrand Delanoë dans un communiqué, vendredi. Nos institutions culturelles doivent impérativement se sentir libres d’être des lieux de mouvement, de réflexion et même de confrontation intellectuelle et artistique.»
Instrumentalisation
Ko Siu Lan participe à une exposition qui présente à partir de samedi les oeuvres d'étudiants du programme de recherche "La Seine" associant les Beaux-Arts, le Royal College or Art à Londres et Lasalle College of the Arts de Singapour. Selon l’artiste, la direction des Beaux-Arts est intervenue pour décrocher son œuvre, jugée «trop explosive». «Je viens de Chine. Je ne peux pas croire que cela m'est arrivé en France», a déploré Ko Siu Lan.
De son côté, l'Ecole des Beaux-arts de Paris a déclaré que l'artiste avait accroché son oeuvre à l'extérieur «sans que la direction de l'établissement en soit informée». «Sans titre, sans nom d'auteur, sans mention relative à l'exposition, le caractère de l'oeuvre se réfère explicitement à un contexte politique. Son auteur a souhaité, par la présentation sur la voie publique, utiliser spectaculairement comme médiation de son message un bâtiment de l'Etat voué à l'enseignement», selon l'école qui estime que l’œuvre pouvait ainsi «constituer une atteinte à la neutralité du service public et instrumentaliser l'établissement.»
Cochons tatoués
Cette affaire n’est pas isolée. A Nice, c’est une
exposition de cochons tatoués du plasticien belge Wim Delvoye qui fait actuellement scandale. Voulant dénoncer l’exploitation de ces animaux, l’artiste a tatoué des cochons avant de les naturaliser après leur mort pour l’exposition. Des défenseurs de la protection des animaux ont prévu de manifester vendredi soir à l'occasion du vernissage.
L'artiste «utilise l'animal comme si c'était un simple objet», dénonce Didier Le Gall, vice-président du Mouvement écologiste indépendant (MEI) en charge de la condition animale, qui déplore «la souffrance que le tatouage, fait sous anesthésie légère, implique» et demande le retrait des cochons. Une polémique sans fondement qui s'explique par «une relative méconnaissance du dossier: tout le monde pense qu'ils sont vivants, qu'ils ont été martyrisés...», selon le directeur du musée Gilbert Perlein qui dénonce un «rappel à l'ordre moral».
Avec agence