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Demandeur d'asile: La file d'attente, le lieu de tous les trafics

ENQUETE - Achat d'adresses de domiciliation ou de places dans la file, les marchés parallèles se développent...

Chaque matin, c’est la même rengaine. Vers 7h30, une centaine de Kurdes, Afghans et Africains font la queue devant l’annexe de la Préfecture de police. Depuis début janvier, un nouveau lieu accueille les demandeurs d’asile. Jusqu’ici situé rue d’Aubervilliers (19e), le centre a déménagé pour le boulevard Ney (19e), à quelques centaines de mètres. Un terrain désormais à l’air libre, plus ouvert, mais où l’on assiste aux mêmes trafics qu’avant.

Marché noir de la domiciliation

Dans la file d’attente, les business en tous genres sont devenus quotidiens. Et notamment l’achat d’adresses de domiciliation. Ces dernières sont nécessaires pour s’enregistrer à la préfecture de police, et donc entamer la demande d’asile. «Il y a tellement de réfugiés qu’on ne peut plus offrir d’adresses de domiciliation à tout le monde. Alors ils se les refourguent entre eux», explique-t-on chez Dom’Asile, une association d’aide aux migrants. La transaction se monnaie entre 200 et 300 €.

Autre marché parallèle, celui des places. Car pour avoir une chance d’être reçu pour la première fois en Préfecture, il faut être dans les vingt premiers. Arrivé vers 5h, un matin du mois de janvier, un réfugié, apparemment aisé et originaire d’Europe de l’Est, tente de racheter la place de Seydou, un Sénégalais, qui fait la queue depuis la veille. Un de ses amis le rappelle à l’ordre: «Nous sommes là depuis une quinzaine d’heures. On ne va pas abandonner maintenant.» Une heure plus tard, quelques personnes sortent de la file et laissent leur place à une famille russe. Un jeune homme, Antillais, est l’un d’entre eux. «Ce n’est pas la première fois que je fais la queue pour quelqu’un d’autre», assure-t-il. Il refuse en revanche de communiquer le montant de sa rémunération.

«On a eu à un moment donné, quelques échos de la file d’attente. Mais aujourd’hui, elle se résorbe en moins d’une heure. Le phénomène ne perdure pas», assure David Julliard, le sous-directeur de l’administration des étrangers à la direction de la police générale. Il poursuit: «L’année dernière, nous avons délivré 6.720 notices d’asile. Nous avons plus de 30 agents qui les accueillent dans un nouveau centre. Si quelques personnes ont pu passer la nuit dehors, c’est qu’on a pris du retard avec le déménagement. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.»

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William Molinié
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