
Vous animez ce soir un débat
Vous animez ce soir un débat
sur la prévention du suicide*,
après la sortie de votre livre
(éd. Albin Michel) sur les ados
en souffrance. Qu'est-ce qui
les conduit au suicide ?
Derrière chaque suicide, il y a un jeune qui a présenté des signes de souffrance s'exprimant par des conduites de rupture (fugue, rupture scolaire, scarifications...). Et très souvent, c'est lié à des troubles de l'identité : homosexualité mal vécue, adoption, maladie mentale... Le dénominateur commun, c'est toujours le sentiment de ne pas être reconnu.
Dans votre ouvrage, vous vous intéressez surtout aux mères
et à leurs témoignages. Pourquoi ?
Dans 90 % des cas, ce sont elles qui viennent demander de l'aide. Les pères sont plus pudiques. Alors, elles se sentent seules : 18 % des ados ne voient jamais leur père. Souvent, nous essayons de le faire venir, car l'ado doit se situer par rapport à sa mère et à son père, que le couple soit toujours ensemble ou pas. On peut se séparer, mais on ne peut pas être des ex-parents.
Le fait que chacun retrouve sa place peut-il aider l'ado à aller mieux ?
Chaque fois que les deux parents se mobilisent - même s'ils ne s'aiment plus ou qu'ils ne sont pas d'accord - ça améliore l'état de l'ado. Mais s'ils continuent à s'entredéchirer, ça aggrave les troubles. L'ado a besoin de connaître la position claire de ses parents.
La sincérité et la fiabilité sont très recherchées, car à un moment où son corps et ses idées changent, il veut être rassuré. De la même manière, quand les parents se font du souci, ils doivent lui en parler plutôt que de fouiller sa chambre. Plus on a cette attitude, plus l'ado a confiance dans le regard de ses parents.
Le centre Abadie que vous dirigez aura bientôt 20 ans. Quelles évolutions avez-vous constaté
chez les ados en souffrance ?
La population accueillie a rajeuni : en 1992, la moyenne d'âge, c'était 17 ans. Aujourd'hui, c'est 15 ans. Il y a aussi une plus grande difficulté des parents à faire face, car ils sont très isolés par la société. Les troubles ont également évolué : les scarifications, les crises de boulimie avec vomissements et les alcoolisations aigües ont augmenté. C'est plus violent qu'avant et cela se rapproche de conduites suicidaires. W
*Ce soir à 19 h 30, projection au Jean-Eustache de Pessac du film Le père de mes enfants.
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