Artistes ou pas, on meurt tous un jour: «C'est la vie». Le discret musée Maillol, à Paris, a choisi la sentence comme titre de son exposition (du 3 février au 28 juin 2010), ambitieuse, autour des vanités - vous pourrez notamment contempler le crâne constellé de... mouches de Damien Hirst, représentations artistiques de la dépouille humaine. A partir du XVIe siècle, ces memento mori, «souviens-toi que tu vas mourir» en latin, servaient d'«avertissements», indique Loïc Malle, historien de l'art. Ils rappelaient aux humains que malgré leurs conquêtes dans les domaines de la volupté, du savoir ou du pouvoir, ils seraient un jour confrontés à leur créateur.
«Dompter la gueuse»
Un message aux puissants, en somme. D'ailleurs, la plupart des 160 oeuvres de l'exposition proviennent de collections privées. Des écrans disposés dans le musée diffusent les interviews d'adeptes des vanités: «J'essaie de dompter la gueuse», argumente le milliardaire François Pinault, avant de confier la «joie» qu'il éprouve à se trouver «dès le réveil» en macabre compagnie. Dans un parcours chronologique à rebours, l'exposition montre que les artistes se sont toujours pris la tête pour exprimer, avec des crânes, l'attirant effroi de la mort. Terreur avec le face-à-face de deux splendides grands formats blanc et gris, l'un de Yan Pei-Ming, l'autre de Miquel Barcelo. Désappointement devant le crâne coloré riant de toutes ses dents d'argent, signé Niki de Saint-Phalle.
«Le crâne a connu des périodes fastes»
Au premier étage du musée, un corridor mène aux oeuvres mineures de modernes comme Braque ou Picasso. «Le crâne dans l'histoire de l'art a connu des périodes fastes qui correspondent aux guerres et aux grandes épidémies, peste noire ou sida, explique Loïc Malle. Mais au XIXe siècle, il était devenu un accessoire, simple objet de l'atelier, non chargé du symbolisme des siècles antérieurs.» Rien à voir avec le Moyen Age où corps putréfiés et squelettes ornent des scènes de la vie quotidienne. D'un bucolique Cupidon endormi sur un crâne abritant un crapaud, peint par Genovesino vers 1652, à une photographie de crâne fleuri, par Cindy Sherman en 1992, en passant par les breloques têtes de mort des Hell's Angels, la vanité n'est certes pas toujours du meilleur goût. Mais s'en offusquer serait aussi vanité.