MEDIAS – La profession a lancé mardi une pétition pour «sauver la photographie» et demandé la tenue d'états généraux de la photographie…
Une agence emblématique pourrait bientôt disparaître du paysage du photojournalisme. Eyedea, qui coiffe notamment les agences photographiques
Gamma et Rapho, a jusqu’au 26 février prochain pour trouver un repreneur après sa mise en cessation de paiement. Ce délai lui a été signifié mardi par le tribunal de commerce de Paris. En parallèle, la profession a lancé une pétition pour «sauver la photographie» et demandé au gouvernement la tenue d'états généraux.
L’âge d’or du photoreporter et des grands noms des années 1970 semble bel et bien révolu. Explications.
Pourquoi les agences sont-elles en crise?
Le photojournalisme se débat depuis plusieurs années contre la disparition de sa profession. Selon les agences fragilisées, deux grands dangers les menacent. D’un côté, la rémunération indigente des photographes. Les agences épinglent ainsi dans leur pétition «la baisse générale des tarifs» et «les contrats de cession de droits ne respectant pas la loi». De l’autre, le pillage des droits d'auteurs via Internet. Soit «les utilisations massives de photos dites "libre de droits"», «les photographies à un euro» ou encore «les photographies signées "DR" (droits réservés, ndlr)».
«Cette pratique a dérivé au point d’être un véritable drame aujourd’hui», dénonçait l'Union des photographes créateurs (UPC) lors de son congrès du 2 février 2008, épinglant notamment l’utilisation faite dans la presse. «Les magazines cherchent davantage à faire de l’illustration plutôt que du vrai travail documentaire en photos. Avec le temps, le poids des mots n’a pas disparu mais le choc des photos, si»,
expliquait «Visa pour l'image» à 20minutes.fr, en marge de son 20e anniversaire, reprenant le slogan de «Paris Match».
Combien de personnes sont concernées?
On dénombre en France quelque 1.200 photographes de presse et 3.300 photographes-auteurs.
Les agences sont-elles dépassées par Internet?
Non, à condition de s’y être préparées. «La situation d'aujourd'hui découle du passage, il y a une douzaine d'année, au tout numérique», selon Frédéric Buxin, le président de l’UPC. «Le modèle économique des agences photos ne s'est pas adapté à la diffusion de masse», fait-il valoir. Comprendre: les agences n’ont pas anticipé la conversion au tout numérique. Seules celles qui, comme l'AFP, Reuters ou Associated Press, ont pu investir massivement dans les technologies numériques, ont tiré leur épingle du jeu.
«Les photographes peuvent en vouloir au Web - et à nous en particulier, qui sommes loin de nous aligner sur les conditions que leur fait (leur faisait?) la presse traditionnelle,
a réagi mardi Eric Mettout sur son blog. Mais je veux être positif, parce que j'y crois: formellement, Internet et la photographie sont faits pour s'entendre, nos diaporamas le prouvent, la big picture ou les Web reportages du Monde.fr aussi. On finira bien par se trouver.»
Que réclament les agences de photographies?
«Le problème c'est la perte de valeur des photographies. Or, la loi a priori interdit la vente "à vil prix", il est donc nécessaire de légiférer pour pouvoir donner une valeur à ce qu'on appelle aujourd'hui les "oeuvres orphelines", c'est-à-dire libres de droit», selon Frédéric Buxin.
Que propose le gouvernement?
Rien pour l’instant. Le ministère de la Culture a mandaté la semaine dernière deux inspecteurs généraux, Michel Balluteau et Marie Bertin
pour réfléchir aux actions à entreprendre en faveur du photojournalisme. Lors de ses vœux à la presse
, le 19 janvier dernier, le ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterrand avait affirmé «s'intéresser particulièrement au photojournalisme». Et de rappeler la mission, confiée à Bruno Mettling par François Fillon, de réflexion sur «la qualité des contenus d'information, la revalorisation des métiers et des pratiques du journalisme, la préservation du pluralisme des opinions sur tous les supports, et la reconquête des publics». Leurs conclusions sont attendues de pied ferme.
Sandrine Cochard