HANDBALL - Ils s’imposent sur les terrains mais pas forcément dans les médias...
Luc devrait être aux anges. Vêtu d’une blouse tricolore signée par la plupart des joueurs de l’équipe de France de handball, il attend ses idoles, comme 500 autres personnes, dans un magasin des Champs Elysées. Pourtant, quelque chose le chiffonne: «Franchement, je me demande où va ma redevance, peste ce licencié d’un club de l’Essonne. Si on n’a pas le câble, il faut attendre la finale pour les voir jouer. C’est un manque de reconnaissance vis-à-vis de tous ceux qui aiment le hand.»
Les critiques du passionné s’apaisent lorsque Daniel Narcisse s’approche. Notre fan bariolé joue alors des coudes pour prendre le grand arrière des Bleus en photo. Le voilà parti, mais le constat de la sous-exposition médiatique du handball reste. «Je pense que certains médias sont sur des rails desquels on ne les sort plus,
analyse le DTN Philippe Bana. Il y a des chaînes de télé qui s’acharnent à passer de la Ligue 1, alors que les Français veulent des épopées, des héros à taille humaine, qui leur ressemblent.» Bref, des handballeurs.
«On ne s’adresse plus à Sport+, mais à Canal+»
Le principal problème réside dans le manque de permanence de ce sport: les Français ne voient du handball que pendant les grandes compétitions. «En France, la présence du handball dans les médias se limite à l’équipe nationale, on a un gros déficit au niveau du championnat,
avance Guillaume Gille, qui connaît le problème pour s’être exilé à Hambourg. En Allemagne, les salles sont de tailles suffisantes pour créer un véritable spectacle. Toutes proportions gardées, le handball là-bas, c’est la NBA aux Etats-Unis.»
Philippe Bana reconnaît lui aussi ce manque flagrant: «Pour le moment, je ne peux pas candidater pour un championnat international sans tricher en racontant qu’on a des salles de 10.000 personnes. On en a qu’une, à Bercy, et elle est à rénover.» Dans ce concert plutôt pessimiste, une voix nuance, celle du président de la Fédération, Joël Deplanque. «Moi, je constate un mouvement inégalé en faveur du handball. Même lors de la victoire aux JO, ce n’était pas aussi fort, assure-t-il. Je reçois de milliers de lettres de soutien, je vois des centaines de gens qui nous accueillent. Et puis, désormais on ne s’adresse plus à Sport+, mais à Canal+. Ca aussi c’est un progrès.» Une bonne nouvelle, même si pour les supporters, ça signifie que le handball en clair, ce n’est donc pas pour demain. N’en déplaise à Luc.
Matthieu Payen